Depuis plusieurs jours, l’orpaillage illégal s’impose au cœur du débat public en Côte d’Ivoire. Dans les kiosques comme dans les conversations, une même question revient : comment mettre durablement fin à une activité qui menace l’environnement, fragilise l’autorité de l’État et alimente de nombreuses inquiétudes dans les zones concernées ?
La presse ivoirienne apporte des lectures différentes de cette offensive. Les journaux proches du pouvoir saluent la détermination affichée par les autorités et les forces de sécurité. Les titres de l’opposition, eux, dénoncent les limites de la réponse actuelle et réclament une action qui remonte jusqu’aux véritables bénéficiaires du phénomène.
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Une offensive nationale contre l’orpaillage illégal
Dans les colonnes du Matin, le ton est résolument offensif. Le journal évoque une « guerre sans merci, guerre totale contre l’orpaillage illégal », menée à travers le pays. La population est également invitée à accompagner les forces de l’ordre dans cette lutte.
Cette mobilisation semble trouver un écho favorable auprès d’une partie de l’opinion. Liberté rapporte ainsi des « ovations nourries » suscitées par les opérations de lutte contre les sites clandestins.
Mais derrière les applaudissements, la réalité du terrain reste plus complexe. L’Avenir relève notamment que la faible collaboration de certaines populations complique le travail des gendarmes. Une difficulté qui rappelle que la lutte contre l’exploitation clandestine de l’or ne se limite pas à la destruction des sites.
Elle implique aussi de gagner la confiance des communautés, de comprendre les intérêts économiques en jeu et de proposer des alternatives à ceux qui tirent leurs revenus de cette activité.
La Côte d’Ivoire veut porter le combat au niveau africain
Au-delà des opérations de terrain, Abidjan entend également inscrire la question dans une dynamique internationale.
Le Sursaut révèle que la Côte d’Ivoire prépare une « offensive africaine » depuis la Mongolie, dans le cadre de la COP17. Cette démarche traduit la volonté de porter la question de la protection des ressources naturelles au-delà des frontières nationales.
Car l’orpaillage illégal ne concerne pas seulement les dégâts causés aux paysages. Il pose aussi des questions de gouvernance, de protection des terres, de préservation des cours d’eau et de maîtrise des ressources minières.
Les chefs religieux appelés à jouer leur rôle
Le débat a également pris une dimension sociale et religieuse à l’occasion des célébrations du Maoulid.
Le Patriote rapporte la position du COSIM sous le titre : « le COSIM dit stop ! ». Dans L’Expression, une « importante mission » est confiée aux guides spirituels, appelés à sensibiliser les populations face aux conséquences de l’orpaillage illégal.
Cette implication des responsables religieux n’est pas anodine. Dans de nombreuses localités, leur parole bénéficie d’une réelle influence. Leur participation peut donc contribuer à faire évoluer les comportements et à rappeler les responsabilités collectives liées à la protection des ressources naturelles.
Le Rassemblement va encore plus loin en évoquant une demande croissante autour de la « méthode Bacongo » pour faire le ménage.
L’opposition réclame des comptes
Le discours est beaucoup plus sévère dans les journaux proches de l’opposition.
Notre Voie évoque ainsi « le lourd tribut d’un État démissionnaire », mettant en cause la capacité des pouvoirs publics à enrayer durablement le phénomène.
Pour Le Bélier, le maintien de l’orpaillage clandestin constitue un constat d’échec. Le journal estime que le changement de méthode annoncé par les autorités doit désormais s’accompagner d’une véritable reddition de comptes.
Une autre revendication revient avec insistance : ne pas s’arrêter aux seuls exploitants présents sur les sites.
Le Nouveau Réveil appelle à traquer « les financiers et bénéficiaires » de l’orpaillage illégal. Le journal relaie également la proposition du député Athanase Kouamé, favorable à une suspension de toute exploitation de l’or.
Dans Le Bélier Intrépide, le député Houra Marc adopte une position tout aussi ferme. Selon lui, la Côte d’Ivoire « doit reprendre le contrôle de ses ressources ».
Derrière les sites clandestins, une bataille pour les ressources
Au fil des réactions de la presse, une réalité apparaît : la lutte contre l’orpaillage illégal dépasse largement la question des opérations de gendarmerie.
D’un côté, les autorités veulent démontrer leur capacité à restaurer l’ordre et à protéger les ressources du pays. De l’autre, l’opposition demande que les responsabilités soient établies et que les réseaux financiers qui alimentent le phénomène soient identifiés.
Entre ces deux approches se trouvent les populations des zones aurifères, confrontées à un dilemme souvent difficile. Pour certains habitants, l’or constitue une source de revenus immédiats. Pour les autorités et les défenseurs de l’environnement, l’exploitation clandestine entraîne des conséquences dont la facture peut se révéler beaucoup plus lourde à long terme.
La bataille contre l’orpaillage illégal se joue donc autant sur les sites d’exploitation que dans les villages, les administrations, les circuits économiques et désormais les lieux de sensibilisation religieuse.
Reste à savoir si cette nouvelle offensive permettra de s’attaquer durablement aux racines du phénomène. Car pour reprendre véritablement le contrôle des ressources minières, il faudra probablement aller au-delà de la fermeture des sites clandestins et atteindre ceux qui financent, organisent et profitent de cette activité.