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Mali : la CNDH demande une loi spécifique contre l’excision

Mali : la CNDH demande une loi spécifique contre l’excision

Face à la persistance des mutilations génitales féminines, la Commission nationale des droits de l’Homme du Mali appelle l’État à renforcer son arsenal juridique. Elle réclame notamment une loi consacrée spécifiquement à l’excision.

La question de l’excision revient au premier plan au Mali. La Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) demande aux autorités d’adopter un texte qui interdise clairement cette pratique et précise les responsabilités en cas d’infraction.

Dans un communiqué publié le 26 août 2026, l’institution estime que les mutilations génitales féminines portent atteinte aux droits fondamentaux des femmes et des filles. Elle appelle également à intensifier les campagnes de prévention et de sensibilisation.

L’excision relance le débat au Mali

La réaction de la CNDH intervient après la circulation de plusieurs publications favorables à l’excision sur les réseaux sociaux depuis la mi-août.

Des affiches appelant au maintien de cette pratique ont notamment circulé en ligne. Leur diffusion a provoqué des réactions parmi des associations, des professionnels de santé et des organisations engagées dans la défense des droits des femmes.

Pour la CNDH, ce contexte montre la nécessité de renforcer les actions destinées à prévenir les mutilations génitales féminines. La commission s’appuie notamment sur les textes maliens et sur les engagements internationaux pris par le pays.

Une pratique encore très répandue

Les données disponibles montrent l’ampleur du phénomène.

D’après l’Enquête démographique et de santé du Mali 2023-2024, 88,6 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi une excision.

Le niveau reste quasiment identique à celui relevé en 2018. Il avait atteint 91,4 % en 2012-2013, contre 85,2 % en 2006.

Chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans, la proportion atteint encore 86,5 %.

Les données concernant les filles de moins de 15 ans montrent toutefois une légère évolution. La proportion déclarée par leurs mères est passée de 74 % en 2018 à 70 % en 2023-2024. Cet indicateur reste cependant difficile à interpréter, car certaines filles peuvent subir une excision plus tard.

De fortes différences selon les régions

La situation varie fortement d’une région malienne à une autre.

La prévalence atteint 95,7 % à Kayes et 95,2 % à Koulikoro. Elle s’établit à 93,8 % à Sikasso et 91,7 % à Bamako.

Le phénomène apparaît beaucoup moins fréquent dans certaines régions du nord. Tombouctou affiche une prévalence de 11,7 %, tandis que Gao atteint seulement 0,5 %. L’enquête ne présente pas de données comparables pour Kidal.

Ces écarts montrent que les stratégies de prévention doivent tenir compte des réalités propres à chaque communauté.

Le poids des normes sociales

L’abandon de l’excision ne dépend pas uniquement de la législation.

Selon les données citées par les organismes engagés dans la lutte contre les mutilations génitales féminines, les traditions familiales et les normes communautaires jouent encore un rôle important.

L’UNFPA indique ainsi que 48 % des femmes et des hommes interrogés restent favorables au maintien de la pratique.

Les attentes liées au mariage et la pression exercée par l’entourage peuvent également influencer les décisions des familles.

Des communautés commencent pourtant à changer

Malgré la persistance du phénomène, certaines initiatives produisent des résultats.

En 2025, 112 communautés villageoises maliennes ont déclaré avoir abandonné plusieurs pratiques néfastes, dont l’excision.

Le programme conjoint de l’UNFPA et de l’Unicef indique également que les mécanismes communautaires de protection ont permis de préserver 335 filles contre 58 en 2024.

Ces résultats restent toutefois insuffisants à l’échelle nationale. Le programme considère toujours le Mali comme un pays où aucune diminution significative de la prévalence n’a été enregistrée.

Pourquoi la CNDH réclame une loi spécifique

Le débat porte aussi sur le cadre juridique malien.

Le nouveau Code pénal, promulgué en décembre 2024, sanctionne certaines violences ayant pour conséquence une mutilation ou une infirmité. Cependant, le texte ne prévoit pas une infraction distincte visant explicitement l’excision.

La CNDH souhaite donc un dispositif qui traite directement des mutilations génitales féminines.

Une telle loi pourrait préciser les actes interdits et déterminer les responsabilités des différentes personnes impliquées. Elle pourrait aussi renforcer les mécanismes de signalement et la protection des filles exposées.

La commission estime enfin que le cadre légal doit aller de pair avec un accompagnement médical et psychosocial des survivantes.

Le Mali face à ses engagements internationaux

Le pays a ratifié plusieurs instruments internationaux qui appellent à lutter contre les pratiques préjudiciables aux femmes et aux filles.

Le Mali est notamment partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et au Protocole de Maputo.

L’article 5 de ce dernier demande aux États parties de prendre des mesures pour éliminer les pratiques néfastes, parmi lesquelles figurent les mutilations génitales féminines.

En avril 2021, des organisations de défense des droits des femmes avaient également saisi la Cour de justice de la CEDEAO contre l’État malien. Cette procédure avait été engagée avant le retrait effectif du Mali de l’organisation régionale en janvier 2025.

En juillet 2025, la Cour avait par ailleurs condamné la Sierra Leone pour son insuffisance de protection contre les mutilations génitales féminines et demandé des mesures législatives.

Une nouvelle demande adressée aux autorités

Avec son appel du 26 août, la CNDH souhaite donc que le Mali franchisse une nouvelle étape.

L’institution demande à la fois une clarification du droit et un renforcement des actions auprès des populations.

Pour les défenseurs des droits des femmes, l’enjeu consiste désormais à faire évoluer les normes sociales tout en offrant aux autorités un cadre juridique suffisamment précis pour protéger les filles et sanctionner les pratiques interdites.

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