Une rencontre virtuelle qui semblait pourtant sans danger
En 2017, une jeune étudiante camerounaise pensait simplement donner une chance à une belle rencontre. Tout commence sur Facebook, dans un groupe très populaire dont elle préfère aujourd’hui taire le nom.
Un homme remarque régulièrement ses commentaires et lui écrit en privé. Il lui explique qu’il apprécie sa façon de s’exprimer, qu’il trouve ses interventions pertinentes et qu’il aimerait apprendre à la connaître. Son profil paraît sérieux. Elle accepte donc d’échanger avec lui.
Pendant près de trois semaines, les conversations se multiplient. Lui est à Yaoundé. Elle étudie à l’université de Douala. Peu à peu, les échanges deviennent plus personnels et des sentiments naissent.
Lors d’une période de congés, elle décide de faire le déplacement jusqu’à Yaoundé pour le rencontrer. Elle a de la famille dans la capitale et ne voit, à ce moment-là, aucune raison de se méfier.
Elle ne sait pas encore que ce rendez-vous va transformer sa vie.
Le premier rendez-vous tourne au cauchemar
Chez lui, quelque chose la trouble rapidement. L’homme parle peu. Le silence s’installe et elle tente tant bien que mal de faire vivre la conversation.
Puis il ferme la porte à clé, met de la musique à un volume élevé et se rapproche d’elle. Ils s’embrassent. Lorsqu’il tente d’aller plus loin, elle lui demande de s’arrêter.
Sa réaction est immédiate.
Il lui reproche d’avoir effectué un long déplacement pour venir le voir si elle compte finalement le repousser. Face à cette attitude, la jeune femme décide de partir.
C’est à ce moment que la situation bascule.
L’homme l’agrippe et l’empêche de sortir. Il la gifle avant de lui ordonner de retourner s’asseoir sur le lit. Elle refuse. Il lui arrache alors son sac, qui contient son téléphone, sa pièce d’identité et son argent.
Pour elle, le piège se referme.
Elle se retrouve loin de chez elle, sans argent ni téléphone, dans un quartier qu’elle connaît peu. L’homme place son sac au-dessus d’une penderie, hors de sa portée.
Lorsqu’elle tente de récupérer ses affaires, il la frappe encore.
La peur de mourir
Dans son récit, la jeune femme raconte avoir compris à cet instant qu’elle était en réel danger.
Elle explique que l’homme lui aurait dit qu’il ne comprenait pas pourquoi il fréquentait des « petites filles de Facebook » et qu’il ne savait pas toujours ce qui lui arrivait.
La violence devient alors incontrôlable.
Au sol, terrorisée, elle finit par supplier son agresseur d’arrêter. Elle lui dit qu’elle acceptera ses avances s’il cesse de la frapper.
Ce consentement n’en est pas un. Il intervient dans un contexte de violence et de peur extrême.
L’homme finit par s’arrêter.
Après les faits, il lui demande pardon et invoque des problèmes personnels pour expliquer son comportement. Encore sous le choc, la jeune femme affirme avoir tenté de comprendre ce qui pouvait expliquer une telle violence.
Mais elle pense surtout à une chose : sortir de cette maison.
Elle parvient à demander de l’aide
Elle demande alors à l’homme de l’accompagner prendre un taxi. Il accepte et la conduit jusqu’à une voiture.
À peine quelques mètres plus loin, elle demande au chauffeur de s’arrêter. Elle le paie et descend.
Son premier réflexe est d’appeler son père.
À l’autre bout du téléphone, sa voix suffit à faire tomber les dernières barrières. Elle éclate en sanglots et lui raconte ce qui vient de se passer avant de lui communiquer sa position.
Elle prévient également son grand frère.
Quelques instants plus tard, son père et son frère arrivent. Ce dernier est accompagné de plusieurs amis. Ensemble, ils retournent chez l’homme.
La porte est ouverte. Le suspect est toujours à l’intérieur.
Une voisine affirme qu’elle n’était pas la première
L’homme tente alors de présenter une autre version des faits, affirmant que la jeune femme était consentante.
Une voisine intervient.
Selon le témoignage rapporté par la jeune femme, cette dernière affirme que l’homme aurait déjà adopté des comportements similaires avec d’autres femmes. Elle aurait notamment déclaré qu’il avait l’habitude de frapper des femmes lorsqu’elles refusaient d’avoir des rapports sexuels avec lui.
La victime porte plainte. L’homme est conduit à la brigade et placé en détention, selon son récit.
Cette intervention de la voisine constitue, pour la jeune femme, un élément déterminant : elle n’est plus seule face à la parole de son agresseur.
Après la violence, une autre épreuve : la culpabilité
Le traumatisme ne s’arrête pourtant pas à cette journée.
La jeune femme raconte avoir été durement réprimandée par ses parents, particulièrement par sa mère. Celle-ci lui reproche d’avoir accordé sa confiance à un inconnu rencontré sur Internet.
Les paroles de sa mère la marquent profondément.
Elle explique avoir été rongée par la culpabilité au point de tomber malade pendant plusieurs semaines. Elle finit même par se rendre sur le lieu de travail de sa mère pour demander à ses collègues d’intervenir afin de rétablir le dialogue.
Avec le temps, toutefois, elle parvient à reprendre pied.
Elle se recentre sur ses études et décide de ne pas laisser cette expérience définir toute son existence.
Reconstruire sa vie après une expérience traumatisante
Des années plus tard, elle affirme avoir réussi à reconstruire sa vie. Elle vit désormais en Angleterre, est fiancée et est mère d’une petite fille.
Son témoignage, partagé alors que les violences faites aux femmes sont régulièrement dénoncées sur les réseaux sociaux, prend une dimension particulière.
Son histoire rappelle surtout une réalité souvent mal comprise : une victime n’est jamais responsable de la violence qu’elle subit.
Accepter de rencontrer quelqu’un, se rendre chez lui, l’embrasser ou avoir initialement des sentiments pour lui ne constitue jamais un consentement permanent à un rapport sexuel. Et lorsqu’une personne cède sous la menace ou les coups pour protéger sa vie, il ne s’agit pas d’un consentement libre.
La violence sexuelle peut aussi prendre place dans une relation qui avait commencé sous le signe de la confiance.
Un témoignage qui appelle à la vigilance
Cette histoire souligne également les risques liés aux rencontres en ligne. Un profil Facebook soigné ne permet pas de connaître réellement les intentions d’une personne.
Pour les premières rencontres, privilégier un lieu public, prévenir un proche, conserver son téléphone et son argent sur soi et éviter de dépendre entièrement de la personne rencontrée sont autant de précautions qui peuvent contribuer à réduire les risques.
Mais aucune imprudence supposée ne justifie une agression.
La jeune femme dit aujourd’hui vouloir adresser un message aux femmes confrontées à des hommes violents : ne pas minimiser les premiers signes de danger et chercher rapidement de l’aide.
Son histoire, elle, ne se résume pas à la violence qu’elle a subie en 2017. Elle parle aussi de survie, de reconstruction et de la possibilité de reprendre le contrôle de sa vie après un traumatisme.
Son parcours rappelle une chose essentielle : face aux violences, demander de l’aide n’est jamais une faiblesse. C’est souvent le premier pas vers la liberté.