Depuis le changement de pouvoir d’octobre 2025, Madagascar-Russie est devenu un axe important de la nouvelle politique extérieure de la Grande Île. Moscou renforce ses contacts avec Antananarivo dans les domaines sécuritaire, politique et économique. Cette proximité soulève une question sensible : comment Madagascar peut-il profiter de ces nouveaux partenariats tout en conservant le contrôle de ses ressources stratégiques ?
Le débat intervient dans un contexte économique difficile. Le pays doit financer ses infrastructures, améliorer ses services publics et répondre à une pauvreté toujours élevée. Dans ce paysage, le nickel, le cobalt, le graphite et les autres minerais constituent des atouts précieux.
Mais une richesse naturelle ne devient une richesse nationale que lorsque l’État parvient à en contrôler l’exploitation et à récupérer une part suffisante des revenus.
La Russie renforce sa présence à Madagascar
Depuis l’installation des nouvelles autorités, les échanges avec Moscou se sont intensifiés. La coopération sécuritaire occupe une place importante, avec notamment la présence d’instructeurs associés à l’Africa Corps.
Les discussions portent également sur les secteurs minier, énergétique et géologique. Cette évolution donne à la Russie une place croissante dans les réflexions stratégiques de Madagascar.
Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, compte parmi les responsables politiques les plus visibles de ce rapprochement. Ses échanges avec les responsables russes alimentent cependant les critiques d’une partie de l’opposition et de la société civile.
Certains craignent une influence excessive de Moscou sur les décisions économiques et politiques du pays.
Pour d’autres, Madagascar cherche simplement à diversifier ses partenaires internationaux.
Une chose reste certaine : le véritable enjeu se trouve désormais dans les conditions des accords conclus avec les partenaires étrangers.
La Centrafrique rappelle les dangers d’une rente mal maîtrisée
La République centrafricaine offre un exemple qui mérite l’attention.
Le pays possède de l’or, des diamants et d’importantes ressources forestières. Pourtant, l’État peine à transformer cette richesse en recettes suffisantes pour financer ses missions.
La Banque mondiale pointe depuis plusieurs années la faiblesse des recettes intérieures et les difficultés de l’administration à mobiliser les ressources disponibles.
Plusieurs enquêtes ont aussi mis en cause des sociétés liées à l’ancien groupe Wagner dans l’exploitation minière centrafricaine. Lobaye Invest, Midas Resources et Diamville figurent notamment parmi les entreprises citées dans différents dossiers.
Ces accusations et procédures ne doivent pas être confondues avec les constats économiques de la Banque mondiale. Elles nourrissent toutefois une interrogation centrale : qui contrôle réellement les ressources et quelle part revient à l’État ?
Cette question concerne directement Madagascar.
Le sous-sol malgache attire les convoitises
La Grande Île dispose d’importantes ressources minières.
Le nickel, le cobalt et le graphite figurent parmi les minerais les plus stratégiques du pays. Madagascar possède également des gisements de minerais de titane.
Ces matières premières intéressent fortement l’industrie mondiale. La demande augmente notamment avec le développement des batteries, des véhicules électriques et des technologies liées à la transition énergétique.
Pour Madagascar, cette situation représente une formidable opportunité.
Les recettes minières pourraient contribuer à financer des routes, des écoles, des hôpitaux et des infrastructures énergétiques. Elles pourraient également favoriser la création d’emplois dans les régions productrices.
Mais tout dépendra de la capacité de l’État à négocier des contrats avantageux et à contrôler leur application.
Quand un pays riche reste pauvre
Le danger apparaît lorsque les exportations progressent sans que les recettes publiques suivent.
Prenons une situation simple. Une entreprise extrait du graphite dans une région malgache. Elle exporte sa production et réalise son activité dans le respect des autorisations obtenues.
Si l’État contrôle correctement les volumes et perçoit les taxes prévues, une partie de cette richesse revient à la collectivité.
Mais si le contrôle fiscal reste insuffisant, les recettes peuvent diminuer fortement.
Dans ce cas, les minerais quittent le pays tandis que les populations locales continuent de manquer de routes, d’électricité ou de services de santé.
C’est ce paradoxe que Madagascar doit éviter.
La transparence sera déterminante
Le rapprochement avec Moscou ne signifie pas automatiquement que Madagascar perdra le contrôle de ses ressources.
Un État souverain peut travailler avec la Russie, la Chine, la France ou d’autres partenaires. La diversification peut même renforcer sa position dans les négociations.
Le problème commence lorsque les accords deviennent opaques.
Madagascar devra donc surveiller plusieurs éléments : les conditions fiscales des contrats, les volumes réellement extraits, les bénéficiaires des sociétés, les taxes versées et l’utilisation des recettes.
Le Parlement et les institutions de contrôle doivent également pouvoir exercer leur mission sans entrave.
Cette exigence vaut pour les partenaires russes comme pour tous les autres investisseurs étrangers.
Les Malgaches attendent des résultats concrets
Derrière les réunions diplomatiques et les contrats miniers, il y a une population confrontée à des difficultés quotidiennes.
Pour un habitant d’une région productrice, la question n’est pas seulement de savoir quelle puissance étrangère investit dans son pays.
Il veut savoir si une nouvelle mine créera des emplois. Il veut savoir si les routes seront améliorées. Il veut aussi savoir si son village bénéficiera d’un meilleur accès à l’électricité, à l’eau ou aux soins.
C’est à cette réalité que les autorités devront répondre.
Les ressources naturelles appartiennent au patrimoine économique du pays. Leur exploitation doit donc produire des bénéfices visibles pour la population.
Madagascar doit conserver la maîtrise de ses richesses
L’expérience centrafricaine ne signifie pas que Madagascar suivra la même trajectoire. Les deux pays présentent des différences importantes.
Elle rappelle néanmoins une règle essentielle : un sous-sol riche ne garantit pas des finances publiques solides.
Le rapprochement Madagascar-Russie peut offrir de nouvelles possibilités économiques et diplomatiques. Il comporte aussi des risques si l’État affaiblit ses mécanismes de contrôle.
Antananarivo devra donc négocier avec prudence, renforcer la fiscalité minière et garantir la transparence des contrats.
Au bout du compte, le succès de cette nouvelle relation ne se mesurera pas au nombre de rencontres entre responsables malgaches et russes.
Il se mesurera aux emplois créés, aux recettes encaissées et aux infrastructures financées.
La question essentielle reste donc simple : les richesses de Madagascar serviront-elles d’abord à renforcer l’État et améliorer la vie des Malgaches, ou profiteront-elles surtout aux acteurs qui les exploitent ?