Après plusieurs mois de tensions, le Mali et l’Algérie veulent renouer le fil du dialogue. Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, s’est rendu lundi à Alger à l’invitation de son homologue algérien, Sifi Ghrieb. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, il a porté un message du chef de la Transition malienne, Assimi Goïta, et défendu une idée simple : malgré les crises, la géographie impose aux deux voisins de continuer à avancer ensemble.
À son arrivée à Alger, Abdoulaye Maïga a été accueilli par Sifi Ghrieb à l’aéroport international Houari-Boumédiène. Après les honneurs militaires et un premier entretien avec son homologue, le Premier ministre malien s’est rendu au palais d’El Mouradia pour une audience avec Abdelmadjid Tebboune.
Cette visite constitue l’un des signes les plus visibles du rapprochement engagé ces dernières semaines entre Bamako et Alger. En juillet, les deux pays avaient amorcé un dégel diplomatique avec notamment le retour des ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens.
« Nous sommes condamnés à cheminer ensemble »
Face au président algérien, Abdoulaye Maïga a choisi les mots de la proximité plutôt que ceux de la confrontation. Le Premier ministre malien a rappelé que les deux pays partagent une longue frontière, une histoire et des réalités sécuritaires communes.
« Le Mali et l’Algérie sont condamnés à cheminer ensemble », a-t-il déclaré à l’issue de son entretien avec Abdelmadjid Tebboune, en appelant à travailler à la prospérité des deux peuples.
Cette formule résume l’enjeu du rapprochement. Au-delà des différends politiques, Bamako et Alger restent voisins et directement concernés par l’évolution de la situation au Sahel. Leur frontière commune dépasse 1 300 kilomètres, ce qui donne à la relation bilatérale une dimension stratégique qui dépasse largement les seules considérations diplomatiques.
La souveraineté au cœur du message malien
Abdoulaye Maïga a également insisté sur un autre principe défendu par Bamako : le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.
Selon le Premier ministre malien, Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à respecter ces principes. Une position qui pourrait faciliter la reprise d’un dialogue régulier entre les deux capitales après une période particulièrement tendue.
Pour Bamako, cette question est centrale. Les autorités maliennes souhaitent désormais inscrire leurs relations extérieures dans une logique de souveraineté et de coopération entre États. Alger, de son côté, cherche à préserver son rôle régional et son influence historique dans les questions liées à la paix et à la sécurité au Sahel.
Une crise diplomatique encore récente
Le rapprochement intervient après une période de forte dégradation des relations. La crise s’était notamment aggravée en 2025 après la destruction par l’armée algérienne d’un drone malien près de Tinzaouatine. Alger avait affirmé que l’appareil avait violé son espace aérien, ce que Bamako avait contesté. Les tensions avaient ensuite conduit à des mesures de rétorsion diplomatiques et à la fermeture des espaces aériens.
Le changement de ton observé depuis juillet apparaît donc comme une étape importante. Le dialogue renoué entre les deux pays ne signifie pas que tous les différends ont disparu, mais il ouvre la voie à une gestion plus politique des désaccords.
L’entretien du 24 août marque, dans ce contexte, un retour à la table des discussions. Et surtout, il porte un message de continuité : les désaccords peuvent être profonds, mais ils ne suffisent pas à effacer la réalité géographique et humaine qui lie les deux pays.
Vers une coopération plus concrète
La prochaine étape sera désormais de transformer les déclarations politiques en résultats concrets. Les enjeux sont nombreux : sécurité dans les zones frontalières, échanges économiques, coopération régionale et stabilité du Sahel.
Abdoulaye Maïga était également porteur d’un message d’Assimi Goïta à Abdelmadjid Tebboune. Le chef de la Transition malienne y a donné son accord pour effectuer une visite officielle en Algérie, une perspective qui pourrait constituer un nouveau jalon dans la normalisation des relations entre les deux pays.
Après la méfiance et les échanges tendus, Bamako et Alger semblent ainsi avoir choisi de reprendre le chemin du dialogue. Le défi sera désormais de faire durer cette dynamique et de lui donner une traduction concrète, au bénéfice des deux peuples et d’une région sahélienne en quête de stabilité.