En Mauritanie, une question que le pouvoir semblait jusqu’ici vouloir maintenir à distance revient progressivement au centre du débat politique : Mohamed Ould Ghazouani pourra-t-il briguer un troisième mandat ? Depuis plusieurs semaines, des voix issues de la majorité présidentielle réclament ouvertement la poursuite de son action à la tête du pays.
Le mouvement a pris de l’ampleur cette semaine à Kiffa, dans l’est de la Mauritanie, à l’occasion d’activités touristiques organisées dans le département. Pour les partisans de cette perspective, les réalisations du président et de son gouvernement justifieraient la continuité de son action.
Mais face à ces appels, l’opposition brandit un obstacle de taille : la Constitution mauritanienne, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux.
À Kiffa, les appels à la continuité se font entendre
Dans les rassemblements organisés à Kiffa, les soutiens du chef de l’État mettent principalement en avant le bilan de son pouvoir. Leur argument est simple : si les résultats obtenus répondent aux attentes du pays, pourquoi interrompre cette dynamique ?
Cette position traduit une volonté de maintenir Mohamed Ould Ghazouani au centre de la vie politique mauritanienne au-delà de son second mandat.
Au sein de la majorité, toutefois, certains responsables se montrent plus prudents. Abdallah Hormattallah estime notamment que le moment n’est pas encore venu de parler directement d’un troisième mandat.
« On n’a pas encore fini le second mandat », rappelle-t-il, appelant dans un premier temps à continuer de soutenir le président et à accompagner les Mauritaniens dans les réalisations engagées.
Mais son propos laisse également ouverte la possibilité d’une évolution du cadre constitutionnel. Selon lui, une éventuelle réforme pourrait être discutée une fois le mandat actuel arrivé à son terme, notamment si elle est portée par les forces politiques et approuvée par l’Assemblée.
L’opposition rappelle la limite constitutionnelle
Face à cette perspective, Biram Dah Abeid, arrivé deuxième lors de la dernière élection présidentielle, hausse le ton.
Pour l’opposant, le débat ne doit pas être réduit à la personne de Mohamed Ould Ghazouani. Il concerne, selon lui, la solidité des règles qui encadrent l’exercice du pouvoir en Mauritanie.
Il dénonce surtout le fait que les appels en faveur d’un troisième mandat viennent désormais de responsables et de cadres officiellement engagés dans la vie politique.
Biram Dah Abeid interpelle directement le président : celui-ci a prêté serment de respecter la Constitution et doit, selon l’opposant, choisir entre le respect de cet engagement et une éventuelle modification des règles pour prolonger son pouvoir.
Derrière la controverse, c’est donc une question plus large qui se dessine : un président peut-il modifier les règles constitutionnelles qui encadrent le nombre de mandats afin de rester au pouvoir ?
Ghazouani avait déjà évoqué le respect de la Constitution
Le président Mohamed Ould Ghazouani s’était lui-même exprimé sur son avenir politique lors de son dernier face-à-face avec la presse nationale.
À cette occasion, il avait indiqué qu’il ne s’inscrivait pas dans une démarche contraire à la Constitution.
Cette déclaration reste aujourd’hui au cœur des interrogations alors que les appels à la continuité présidentielle gagnent en visibilité. Pour l’heure, le chef de l’État n’a pas annoncé de volonté de briguer un troisième mandat.
La question demeure donc ouverte dans le débat public, alimentée par les déclarations de certains soutiens du pouvoir et par la fermeté de l’opposition.
Un débat qui pourrait peser sur l’avenir politique du pays
La controverse intervient alors que la Mauritanie observe avec attention les prochaines étapes de la vie politique nationale. Les appels lancés en faveur d’une continuité au-delà du second mandat pourraient progressivement transformer une question encore spéculative en véritable sujet politique.
Pour la majorité présidentielle, le bilan du chef de l’État constitue le principal argument en faveur de la poursuite de son action. Pour l’opposition, le respect de la Constitution doit primer sur toute considération liée au bilan gouvernemental.
Entre ces deux visions, le président Ghazouani se retrouve au cœur d’un débat qu’il devra, tôt ou tard, clarifier.
Une chose est certaine : la question d’un troisième mandat de Mohamed Ould Ghazouani est désormais entrée dans le débat politique mauritanien, même si l’échéance présidentielle n’est pas encore arrivée.