L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) franchit un nouveau seuil critique. Plus de 2 500 personnes ont perdu la vie et la moitié de ces décès est survenue au cours des vingt derniers jours. Depuis Bunia, l’ONU appelle à renforcer rapidement les moyens de lutte contre le virus, dont la progression dépasse désormais la capacité de la riposte sanitaire.
À Bunia, dans la province de l’Ituri, l’urgence sanitaire prend une dimension inédite. Les équipes engagées contre Ebola doivent suivre une épidémie qui gagne rapidement de nouveaux territoires, tandis que les difficultés d’accès aux populations compliquent le travail de terrain.
Vendredi, Julien Harneis, coordonnateur principal des Nations unies pour Ebola, a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, l’épidémie « progresse de manière exponentielle » et s’étend désormais sur une superficie supérieure à celle de la France.
Plus de 2 500 décès en quelques mois
Les chiffres donnent la mesure de l’accélération. En seulement trois mois, l’épidémie a dépassé le bilan de la précédente flambée majeure survenue dans l’est de la RDC entre 2018 et 2020. Cette crise avait causé 2 299 décès pour 3 381 cas confirmés, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé.
La situation actuelle dépasse donc un triste record national. Mais le rythme des décès inquiète surtout les responsables sanitaires : environ la moitié des plus de 2 500 morts recensés à ce jour est survenue durant les vingt derniers jours.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles frappées par le deuil, des communautés confrontées à la peur et des personnels de santé qui travaillent dans des conditions extrêmement difficiles.
Une épidémie qui va plus vite que la riposte
Le principal défi tient désormais à la vitesse de propagation du virus. Les équipes médicales doivent identifier les malades, suivre leurs contacts, organiser leur prise en charge et limiter les nouvelles contaminations. Or, l’épidémie gagne du terrain plus rapidement que les moyens disponibles.
« L’épidémie se propage à grande échelle », a expliqué Julien Harneis depuis Bunia. Le responsable onusien estime que l’ampleur géographique de la crise dépasse maintenant celle du dispositif mis en place pour y répondre.
Cette situation oblige les acteurs humanitaires à intervenir dans des zones où les infrastructures restent limitées. L’est de la RDC connaît depuis plusieurs décennies des conflits armés qui compliquent les déplacements et fragilisent encore davantage l’accès aux soins.
Des soignants eux-mêmes victimes d’Ebola
La menace ne concerne pas seulement les patients. Les professionnels de santé paient eux aussi un lourd tribut.
Selon Julien Harneis, 160 travailleurs de santé ont contracté Ebola et 43 en sont morts. Les équipes doivent également composer avec les violences qui visent les personnels et les structures sanitaires. Plus de 260 attaques contre des travailleurs de santé ont été signalées au cours des six derniers mois, selon le responsable de l’ONU.
Dans certaines communautés, la peur nourrit la méfiance. Des rumeurs et des théories complotistes alimentent parfois l’hostilité envers les équipes médicales. Des ambulances ont ainsi subi des jets de pierres et certaines structures de santé ont également fait l’objet d’attaques.
Pour les équipes de terrain, chaque obstacle supplémentaire peut retarder la prise en charge d’un malade et favoriser de nouvelles contaminations.
Une nouvelle souche complique la réponse médicale
L’épidémie actuelle provient de la souche Bundibugyo du virus Ebola. Cette souche ne dispose actuellement d’aucun vaccin ni traitement spécifique homologué, ce qui complique la stratégie médicale. Des essais cliniques sont toutefois en cours.
Les autorités ont également prévu l’envoi de 70 000 doses du vaccin Ervebo, homologué contre une autre souche d’Ebola, afin d’évaluer son efficacité face à la souche Bundibugyo.
Cette situation renforce la nécessité d’une surveillance étroite et d’une mobilisation rapide des ressources scientifiques et médicales.
L’insécurité complique la lutte contre Ebola en RDC
Dans l’est du pays, les équipes de santé avancent sur un terrain particulièrement difficile. Les conflits armés, les déplacements de populations et les besoins humanitaires croissants rendent l’accès à certaines communautés plus complexe.
À cela s’ajoute une autre difficulté : le financement de la riposte. Julien Harneis a averti que les ressources actuellement disponibles pourraient s’épuiser dans les prochaines semaines. Les réductions de l’aide humanitaire ont déjà diminué les capacités d’intervention de plusieurs organisations.
Le paiement des milliers de personnes mobilisées contre l’épidémie pose également problème dans certaines zones, notamment à cause des perturbations des services bancaires et de l’acheminement des liquidités.
Le risque d’une propagation aux pays voisins
Pour l’ONU, renforcer la riposte ne constitue plus une simple option. Il faut agir rapidement pour ralentir la transmission avant que le virus ne gagne davantage de territoires.
Julien Harneis estime qu’un renforcement des effectifs et l’acheminement de ressources supplémentaires vers les zones reculées pourraient permettre de réduire la transmission au cours des prochains mois. À l’inverse, une réponse insuffisante pourrait entraîner davantage de décès et augmenter le risque d’une propagation vers les pays voisins.
L’épidémie d’Ebola en RDC représente donc désormais un défi sanitaire majeur pour toute la région.
Une course contre la montre
À Bunia comme dans les zones rurales éloignées, les équipes médicales jouent une course contre la montre. Elles doivent agir alors que le virus avance, que les ressources diminuent et que la méfiance complique parfois le dialogue avec les communautés.
Avec plus de 2 500 morts et une propagation jugée exponentielle par l’ONU, la RDC fait face à l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de son histoire. La réponse devra désormais gagner en vitesse, en moyens et en proximité avec les populations pour espérer inverser la tendance.