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Insécurité alimentaire en Somalie : six millions de personnes face à une nouvelle crise de la faim

Insécurité alimentaire en Somalie : six millions de personnes face à une nouvelle crise de la faim

En Somalie, six millions de personnes affrontent actuellement une insécurité alimentaire aiguë. La situation inquiète les organisations humanitaires, alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) dispose aujourd’hui de moyens bien plus limités qu’en 2022, année où une mobilisation internationale avait permis d’éviter une famine.

Dans les centres nutritionnels de Mogadiscio, la crise prend un visage concret. Des femmes arrivent avec leurs enfants dans les bras, souvent après plusieurs kilomètres de marche. Certaines familles ont fui la sécheresse ou l’insécurité. D’autres ont perdu leurs moyens de subsistance et ne savent plus comment assurer le prochain repas.

Des familles qui ne savent plus quoi manger

Halima Mohamed Hassan fait partie de ces mères confrontées chaque jour à la faim. Déplacée après avoir quitté Qoryoley, dans la région du Bas-Shabelle, elle vit depuis plusieurs mois dans un camp avec ses enfants.

Pour survivre, elle accepte des travaux occasionnels, notamment la lessive pour d’autres familles. Ses revenus varient d’un jour à l’autre. Lorsqu’elle gagne suffisamment, elle achète de quoi préparer un repas. Lorsqu’elle ne trouve aucun travail, la famille peut passer la journée sans manger.

Son fils, affaibli par la malnutrition, a finalement rejoint un centre nutritionnel pour recevoir des soins et de la nourriture.

Son histoire rejoint celle de nombreuses familles déplacées qui dépendent désormais de l’aide humanitaire pour répondre à leurs besoins les plus élémentaires.

Le PAM n’a plus les moyens d’agir comme en 2022

La situation actuelle rappelle la grave crise alimentaire de 2022. À l’époque, une sécheresse prolongée et les conflits avaient plongé la Somalie au bord de la famine. Le PAM avait alors considérablement renforcé ses opérations et contribué à empêcher le pire.

Aujourd’hui, l’agence ne dispose plus que d’environ 10 % des ressources dont elle bénéficiait en 2022.

Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM, estime que cette diminution des financements oblige l’organisation à concentrer son action sur les enfants les plus gravement touchés. L’agence ne peut plus étendre suffisamment ses programmes nutritionnels ni augmenter les distributions alimentaires en fonction des besoins.

Les réductions de l’aide internationale décidées par plusieurs donateurs expliquent en partie cette situation. Une partie des financements disponibles se dirige également vers d’autres crises humanitaires.

1,9 million d’enfants exposés à la malnutrition aiguë

Les enfants paient un lourd tribut à cette crise.

Le PAM estime que 1,9 million d’enfants de moins de cinq ans connaîtront une malnutrition aiguë en 2026. Près de 500 000 d’entre eux auront besoin d’un traitement urgent contre la malnutrition aiguë sévère. Les agences des Nations unies avaient déjà estimé à environ 493 000 le nombre d’enfants concernés par cette forme particulièrement grave de malnutrition.

Dans certaines zones, la situation atteint un niveau critique. Le district de Burhakaba, dans la région de Bay, fait notamment face à un risque de famine dans le scénario où les pluies restent insuffisantes, où les prix alimentaires continuent d’augmenter et où l’aide humanitaire ne progresse pas assez rapidement.

La sécheresse, les conflits et la hausse des prix aggravent la crise

La faim ne résulte pas d’une seule cause. La sécheresse fragilise les récoltes et les moyens de subsistance. Les conflits contraignent des familles à quitter leurs villages. La hausse des prix réduit encore leur capacité à acheter de la nourriture.

Les Nations unies signalent également une augmentation pouvant atteindre 20 % des prix alimentaires, liée notamment à la hausse des coûts du carburant et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement maritimes.

À ces difficultés s’ajoute le manque de financement des services essentiels. Plus de 500 structures de santé et de nutrition ont fermé en Somalie faute de ressources suffisantes, selon les agences onusiennes. Cette situation réduit encore les possibilités de prise en charge des enfants malnutris et des autres personnes vulnérables.

Une aide humanitaire de plus en plus difficile à assurer

La baisse des financements limite directement l’action des organisations humanitaires. En mai 2026, le plan humanitaire de la Somalie n’était financé qu’à hauteur de 15,2 %, tandis que près de 90 % des personnes dans le besoin recevaient peu ou pas d’assistance.

Pour le PAM, cette réalité impose des choix douloureux. Les équipes donnent la priorité aux enfants dont l’état nutritionnel présente le plus grand danger. Mais elles ne peuvent pas répondre à tous les besoins des familles.

Dans les camps de déplacés, cette situation laisse de nombreuses mères face à une équation presque impossible : trouver du travail, nourrir leurs enfants et accéder aux soins avec des ressources qui diminuent.

La Somalie face au risque d’une nouvelle catastrophe

La Somalie avait réussi à éviter la famine en 2022 grâce à une intervention humanitaire massive et soutenue. Quatre ans plus tard, les agences de l’ONU alertent à nouveau sur une situation qui se dégrade rapidement.

Le message des organisations humanitaires est désormais clair : sans financement durable et sans renforcement rapide de l’aide, la crise alimentaire pourrait encore s’aggraver.

Derrière les millions annoncés dans les rapports se trouvent des enfants trop faibles pour attendre, des parents qui sautent des repas et des familles déplacées qui cherchent simplement un endroit où vivre et manger.

Pour Halima et ses enfants, la crise ne se mesure pas en statistiques. Elle se mesure au nombre de repas qu’il faut encore trouver avant demain.

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