À Tunis, des manifestants ont dénoncé jeudi les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, les pénuries de médicaments, la hausse du coût de la vie et les restrictions des libertés. La mobilisation intervient dans un contexte de fortes tensions politiques autour du président Kaïs Saïed.
Une colère nourrie par les difficultés du quotidien
À Tunis, la colère ne porte plus uniquement sur les questions politiques. Jeudi, des manifestants réunis à l’appel du mouvement Nafas ont exprimé leur exaspération face aux difficultés qui affectent leur quotidien.
Dans les rues de la capitale, les revendications ont porté sur plusieurs sujets : accès aux services publics essentiels, pénuries de médicaments, pouvoir d’achat et libertés publiques.
Les pénuries d’eau et d’électricité occupent une place particulière dans les préoccupations. Après plusieurs mois marqués par de fortes chaleurs, certaines régions tunisiennes ont dû composer avec des mesures de rationnement et des difficultés d’approvisionnement.
Pour Youssef Hleli, l’heure n’est plus aux simples constats. Ce manifestant dit vouloir défendre un pays qu’il estime engagé sur une mauvaise trajectoire.
« J’essaie de défendre mon pays car je le vois se diriger vers l’abîme, sans aucun programme ni planification. »
Il dénonce également la dégradation des services essentiels. « Le pays est dans l’impasse : il n’y a ni eau ni électricité », affirme-t-il, estimant que la Tunisie recule alors que d’autres pays avancent.
L’eau, une préoccupation persistante
L’accès à l’eau constitue depuis longtemps un défi pour plusieurs régions tunisiennes. La sécheresse, les fortes températures et la pression exercée sur les ressources hydriques compliquent davantage la situation.
Durant les périodes de canicule, l’augmentation de la demande accentue la pression sur les réseaux. Pour une partie de la population, ces difficultés illustrent les fragilités des infrastructures et soulèvent des questions sur la capacité des autorités à garantir durablement les services publics de base.
Les manifestants associent cette situation à d’autres difficultés économiques et sociales. La hausse du coût de la vie et les problèmes d’accès à certains médicaments alimentent également leur mécontentement.
Le partenariat migratoire avec l’Europe contesté
La mobilisation a aussi relancé le débat sur les relations entre la Tunisie et l’Europe, notamment autour des accords portant sur la migration.
Des manifestants demandent une révision du protocole d’accord conclu avec l’Italie et souhaitent que Tunis renégocie certains engagements avec Rome ou l’Union européenne.
Hayet Lafi estime que cette révision reste possible.
« Le protocole d’accord sur la migration signé avec l’Italie n’est pas contraignant et peut être réexaminé. »
Selon elle, la Tunisie pourrait engager de nouvelles discussions avec le gouvernement italien ou avec l’Union européenne afin de revoir le contenu du texte.
Cette revendication intervient alors que le partenariat entre Tunis et ses partenaires européens suscite régulièrement des débats sur la migration, l’aide économique et les conditions de coopération.
Kaïs Saïed face à une opposition déterminée
La mobilisation intervient également dans un climat politique tendu. Les opposants à Kaïs Saïed dénoncent depuis plusieurs années la concentration des pouvoirs autour de la présidence et les restrictions qui touchent, selon eux, les libertés publiques.
Le président tunisien rejette ces accusations. Il affirme que certains de ses détracteurs reçoivent des financements étrangers et cherchent à provoquer des troubles afin de déstabiliser le pays et de porter atteinte à ses intérêts nationaux.
Le bras de fer entre le pouvoir et ses opposants se poursuit donc sur fond de difficultés économiques et sociales.
Des revendications qui dépassent la politique
À travers leur mobilisation, les manifestants veulent surtout obtenir des réponses concrètes aux problèmes qui touchent leur quotidien.
L’eau, l’électricité, les médicaments et le pouvoir d’achat occupent désormais une place centrale dans leurs revendications. Pour beaucoup, ces difficultés ne relèvent plus de simples incidents isolés, mais traduisent un malaise plus profond.
À Tunis, la mobilisation montre ainsi que la contestation politique se mêle de plus en plus aux préoccupations sociales. Dans un pays confronté à des défis économiques, climatiques et institutionnels, les attentes de la population restent fortes : retrouver des services publics fiables, préserver les libertés et renouer avec la perspective d’un avenir meilleur.