À l’occasion du 35e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, Ihor Melnychuk, Chargé d’affaires de l’Ambassade d’Ukraine en Côte d’Ivoire, revient sur les épreuves traversées par son pays et plaide pour un partenariat renforcé avec Abidjan et, plus largement, avec l’Afrique.
Le 24 août 1991 reste une date fondatrice pour l’Ukraine. Ce jour-là, le pays proclamait son indépendance, ouvrant une nouvelle page de son histoire après la disparition progressive de l’Union soviétique. Trente-cinq ans plus tard, cette date prend une résonance particulière alors que l’Ukraine est engagée depuis plus de quatre ans dans une guerre à grande échelle contre la Russie.
Dans un message adressé depuis Abidjan, Ihor Melnychuk, Chargé d’affaires de l’Ambassade d’Ukraine en République de Côte d’Ivoire, décrit une nation éprouvée, mais déterminée à préserver son indépendance et à préparer l’après-guerre.
Une indépendance devenue une réalité quotidienne
Pour les Ukrainiens, l’indépendance ne se résume plus à un événement inscrit dans les livres d’histoire. Plusieurs générations ont grandi dans un État souverain et ont appris à considérer la liberté comme une responsabilité collective.
La guerre a profondément bouleversé cette réalité. Des villes ont été détruites, des familles séparées et des millions de personnes contraintes de quitter leur domicile. Pourtant, souligne le diplomate, le pays continue de fonctionner.
Les institutions restent opérationnelles, l’économie poursuit son activité, les enfants continuent d’étudier malgré les attaques et des chantiers de reconstruction se poursuivent dans plusieurs régions.
Cette résistance, selon Ihor Melnychuk, dépasse donc le seul cadre militaire. Elle se mesure aussi dans la capacité d’une société à maintenir ses services publics, son système éducatif, son économie et sa cohésion malgré les conséquences du conflit.
Défendre sa souveraineté, choisir son avenir
Au cœur du message ukrainien figure une conviction : défendre l’indépendance, c’est défendre le droit d’un peuple à déterminer lui-même son avenir.
Pour Kyiv, cette position rejoint les principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, notamment la souveraineté des États, leur intégrité territoriale, leur égalité et le droit des peuples à vivre en paix.
Le propos trouve un écho particulier en Côte d’Ivoire. Même si les trajectoires historiques des deux pays sont différentes, le diplomate estime que les deux peuples partagent une aspiration commune : pouvoir construire leur avenir dans la paix, la dignité et le respect de leur souveraineté.
Cette proximité de valeurs constitue, selon lui, l’un des fondements possibles d’une relation plus étroite entre Abidjan et Kyiv.
Abidjan, nouvelle porte d’entrée de l’Ukraine en Afrique de l’Ouest
Le rapprochement entre les deux pays a connu une étape importante le 11 avril 2024, avec l’ouverture officielle de l’Ambassade d’Ukraine à Abidjan.
Pour la diplomatie ukrainienne, cette implantation traduit la volonté de renforcer sa présence en Afrique de l’Ouest et de donner une nouvelle dimension aux relations avec la Côte d’Ivoire.
En un peu plus de deux ans, la représentation diplomatique entend ainsi dépasser le simple cadre protocolaire. Des projets d’accords de coopération sont à l’étude auprès des autorités compétentes des deux pays, avec l’objectif de créer un cadre juridique plus solide aux échanges futurs.
Le dialogue politique s’est également intensifié.
Le 16 juin 2024, en marge du Sommet de la paix organisé en Suisse, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a rencontré son homologue ivoirien Alassane Ouattara. Pour Kyiv, cette rencontre au plus haut niveau a illustré l’importance accordée au développement des relations entre les deux États.
La Côte d’Ivoire, de son côté, a participé aux efforts internationaux consacrés au dialogue et à la recherche d’une paix fondée sur les principes de la Charte des Nations Unies.
Agriculture et sécurité alimentaire : un terrain de coopération privilégié
Parmi les secteurs susceptibles de rapprocher l’Ukraine et l’Afrique figure l’agriculture.
Grande puissance agricole européenne, l’Ukraine dispose d’une expérience importante dans la production céréalière, les technologies agricoles et la transformation des produits. La guerre a cependant rappelé à quel point cette capacité productive est liée à une question plus large : la sécurité alimentaire mondiale.
Lorsque les infrastructures portuaires ukrainiennes ont été menacées et que les exportations de céréales ont été perturbées, les conséquences ont dépassé les frontières du pays. Les tensions sur les exportations ont notamment suscité des inquiétudes sur les marchés alimentaires internationaux.
Pour l’Ukraine, cette expérience constitue une raison supplémentaire d’intensifier les échanges avec les partenaires africains.
Le pays se dit prêt à partager son savoir-faire, ses technologies et certaines de ses solutions agricoles dans une logique de coopération et d’intérêt mutuel.
Une coopération qui ne se limite pas à l’agriculture
L’ambition ukrainienne dépasse toutefois le secteur agricole. Plusieurs domaines sont présentés comme prioritaires : l’éducation, la santé, les technologies, le commerce, les investissements, la culture et la jeunesse.
L’objectif est de créer des relations qui ne reposent pas uniquement sur les contacts entre gouvernements.
Entreprises, universités, chercheurs, étudiants, artistes et jeunes entrepreneurs pourraient eux aussi contribuer à rapprocher les deux sociétés.
Cette dimension humaine est importante pour Kyiv. La distance géographique entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe orientale ne devrait pas, selon le diplomate, empêcher la multiplication des échanges.
L’après-guerre déjà dans les esprits
Alors que le conflit se poursuit, l’Ukraine réfléchit déjà à sa reconstruction.
Les infrastructures, l’agriculture, les technologies, l’éducation et l’innovation devraient occuper une place centrale dans cette nouvelle étape. Kyiv souhaite également voir des entreprises et des institutions africaines prendre part à ces futurs projets.
La reconstruction pourrait ainsi devenir un nouveau levier pour les relations économiques entre l’Ukraine et les pays africains.
Une Ukraine reconstruite, prospère et technologiquement avancée serait, selon Ihor Melnychuk, davantage ouverte aux investissements et aux échanges avec le continent africain.
« Transformer la distance géographique en proximité humaine »
Derrière les enjeux diplomatiques et économiques, le message du représentant ukrainien se veut aussi humain.
Il s’adresse directement aux Ivoiriens qui suivent la situation de son pays, manifestent leur solidarité ou cherchent à mieux comprendre son histoire.
L’ambition affichée est de bâtir une relation fondée sur le respect mutuel, la confiance et des intérêts communs. Une relation entre États, mais aussi entre citoyens.
Pour l’Ukraine, la paix demeure l’objectif ultime. Mais cette paix, insiste le diplomate, doit être durable et reposer sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et du droit international.
Depuis Abidjan, le message est donc tourné vers l’avenir : faire de la coopération entre l’Ukraine et la Côte d’Ivoire un espace d’échanges, d’opportunités et de compréhension mutuelle.
À l’occasion de ce 35e anniversaire de l’indépendance, Kyiv veut croire que les ponts construits aujourd’hui entre les deux peuples pourront continuer à s’élargir demain.
Ihor Melnychuk
Chargé d’affaires de l’Ambassade d’Ukraine en République de Côte d’Ivoire