À Zandanakaha, le numérique change les habitudes
À Zandanakaha, dans le département de Ouangolodougou, le numérique prend une place nouvelle. Dans ce village du nord de la Côte d’Ivoire, les habitants disposent désormais de services qui semblaient autrefois réservés aux grandes villes.
D’abord, l’arrivée du Mobile Money a changé les habitudes. Les habitants peuvent désormais envoyer et retirer de l’argent sur place. Ils n’ont plus besoin de parcourir plusieurs kilomètres.
Pour Zié Coulibaly, cette évolution représente une véritable opportunité. Jeune agriculteur, il a installé un point de transfert devant sa maison. Peu à peu, cette activité prend de l’ampleur.
« Avant, il n’y avait pas de point pour les transferts. Les gens étaient obligés de se déplacer pour faire leurs opérations d’envoi et de retrait. En créant ce service, je les soulage. »
Aujourd’hui, son activité complète ses revenus agricoles. Il construit même un magasin pour mieux développer ce nouveau commerce.
Un service précieux pour les familles
Pour les habitants, le changement est surtout visible dans les situations d’urgence.
Adjouman Coulibaly, secrétaire du chef du village, pense notamment à son enfant qui vit à Abidjan. Avant l’installation du service, envoyer de l’argent demandait un déplacement jusqu’à Ouangolodougou.
« Moi, j’ai un enfant à Abidjan. Avant, pour lui envoyer de l’argent, il fallait quitter le village et faire plusieurs kilomètres », explique-t-il.
Désormais, l’opération peut se faire directement à Zandanakaha. Ainsi, les habitants gagnent du temps. Ils réduisent aussi les dépenses liées aux déplacements.
Par ailleurs, le numérique permet d’accéder à davantage d’informations. Les réseaux sociaux rapprochent les habitants de l’actualité nationale et internationale.
« Nous avons accès à de nombreuses informations du pays et du monde entier », témoigne le secrétaire du chef du village.
Cette transformation a été rendue possible grâce à l’installation d’une antenne en février 2025.
À Kotolo, Internet rapproche les populations
Le même changement se fait sentir à Kotolo, dans le département de Dabakala.
Le 24 janvier 2025, les habitants ont assisté à l’inauguration d’un site radioélectrique de connexion à Internet. Depuis, les services de télécommunication sont beaucoup plus accessibles.
Ainsi, les habitants peuvent passer et recevoir des appels. Ils peuvent également effectuer des appels vidéo depuis leur localité.
Le site de Kotolo s’inscrit dans le Programme national de connectivité rurale (PNCR). Ce programme vise à réduire les inégalités d’accès au numérique entre les villes et les zones rurales.
Quelques mois auparavant, une autre étape importante avait été franchie.
Le 2 août 2024, la connectivité numérique de 175 localités rurales avait été officiellement mise en service à Djébékaha. Cette localité se trouve dans la sous-préfecture de Napié, dans le département de Korhogo.
Cette opération marquait le lancement de la deuxième phase du programme.
575 localités rurales au total
La première phase du PNCR avait mobilisé environ 10 milliards de FCFA. Elle a permis de construire 160 sites radioélectriques dans 175 localités.
Selon les estimations du ministère de la Transition numérique, près de 221 267 habitants ont été concernés par cette première phase.
Ensuite, la deuxième phase a été lancée avec un budget de 18 milliards de FCFA. Elle concerne 240 localités supplémentaires.
Plusieurs régions sont ciblées. Il s’agit notamment du Bélier, du Poro, du Tchologo, de la Bagoué et du Haut-Sassandra.
Par ailleurs, une troisième phase prévoit un investissement de 10 milliards de FCFA. Elle doit permettre de connecter 160 localités supplémentaires.
Cette phase concerne notamment l’Indénié-Djuablin, le Gboklê, le Sud-Comoé, le Tonkpi, le Kabadougou, le Bafing et le Worodougou.
Au total, le programme vise donc 575 localités rurales à travers la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire accélère sa transformation numérique
Ces investissements s’inscrivent dans une dynamique nationale.
En 2024, le taux de pénétration de la téléphonie mobile atteignait 185 % en Côte d’Ivoire. De son côté, le taux de pénétration d’Internet est passé de 10 % en 2011 à 50 % en 2023.
Cette progression repose notamment sur le développement des infrastructures numériques.
Le pays dispose désormais d’un Réseau national haut débit, également appelé Backbone. Celui-ci s’étend sur 5 207 kilomètres de fibre optique.
En outre, deux points d’atterrissement pour les câbles sous-marins ont été construits. Ces infrastructures renforcent les connexions nationales. Elles améliorent aussi les échanges avec l’international.
Des objectifs ambitieux pour 2030
La transformation numérique occupe également une place importante dans le Plan national de développement 2026-2030.
L’objectif est clair. Le gouvernement veut accroître la contribution du numérique à la création de richesse.
Actuellement, cette contribution se situe entre 6 % et 8 %. Elle devrait atteindre entre 12 % et 15 % à l’horizon 2030.
Dans le même temps, la couverture nationale en 4G doit progresser. Elle était de 65 % en 2024. L’objectif fixé pour 2030 est de parvenir à 100 %.
L’utilisation d’Internet devrait également augmenter. La proportion de la population utilisant Internet était de 40,7 % en 2024. Elle devrait atteindre 60 % en 2030.
Dans les villages, une nouvelle réalité prend forme
À Zandanakaha, ces statistiques prennent un visage humain.
Elles se traduisent par un agriculteur qui développe une nouvelle activité. Elles concernent aussi une famille qui peut envoyer de l’argent à un proche sans prendre la route.
À Kotolo, elles signifient également pouvoir passer un appel vidéo depuis son domicile.
Au-delà des chiffres, la connectivité numérique en Côte d’Ivoire change donc des habitudes très concrètes. Elle facilite les échanges. Elle crée des activités. Elle rapproche les populations de l’information.
Surtout, elle réduit progressivement la distance entre les villages et les services essentiels.
Pour ces populations rurales, l’arrivée du numérique ne représente ainsi pas seulement une avancée technologique. Elle ouvre aussi de nouvelles possibilités économiques et sociales.