Le président burkinabè Ibrahim Traoré s’est exprimé dimanche 27 septembre 2026 lors d’un entretien de près d’une heure et demie diffusé par la télévision nationale. À quelques jours du 30 septembre, date marquant les quatre ans de son accession au pouvoir, il a présenté les principales évolutions qu’il attribue à son gouvernement.
Le chef de l’État a notamment insisté sur la reconquête du territoire, tout en reconnaissant que certaines zones restent difficiles d’accès pour les forces gouvernementales. Il a également évoqué une nouvelle Constitution, la politique économique, les relations internationales et les projets communs au sein de l’AES.
Ibrahim Traoré met en avant la reconquête du territoire
Sur le plan sécuritaire, Ibrahim Traoré affirme que l’armée burkinabè a repris position dans plusieurs zones qui avaient échappé au contrôle de l’État depuis plusieurs années.
« Il y a des zones où nous avons repris position. Des zones que nous avons perdues depuis 2017, 2018, nous avons repris position », a-t-il déclaré.
Le président a toutefois précisé que la reprise de certaines localités ne signifie pas encore le retour immédiat des populations. Dans plusieurs secteurs, les forces militaires doivent poursuivre leurs opérations avant d’autoriser une réinstallation.
Il a également cité plusieurs axes routiers pour illustrer les évolutions qu’il estime avoir été réalisées depuis son arrivée au pouvoir. Selon lui, la circulation entre des villes comme Bobo-Dioulasso, Dédougou, Koudougou et Ouahigouya est aujourd’hui plus fluide qu’auparavant.
« Mais aujourd’hui, les gens circulent librement », a-t-il assuré, estimant que cette évolution témoigne d’un recul du terrorisme.
Le président a néanmoins reconnu qu’une partie du territoire demeure difficile d’accès. Il a assuré que les autorités se préparent à s’y attaquer.
Le Burkina maintient sa ligne de souveraineté
L’entretien a également porté sur la politique extérieure du Burkina Faso.
Ibrahim Traoré a défendu une diplomatie fondée sur la souveraineté et le respect mutuel. Il a notamment reconnu que les relations avec l’Union européenne ne sont pas au beau fixe.
Concernant la France, le chef de l’État a estimé qu’un retour aux relations qui existaient avant 2022 n’était pas envisageable.
« Nos relations ne peuvent être comme avant », a-t-il déclaré.
Il a également défendu la position du Burkina Faso, du Mali et du Niger sur plusieurs institutions internationales, notamment la Cour pénale internationale (CPI). Ses déclarations sur cette juridiction correspondent à la position politique des autorités burkinabè et ne constituent pas, à elles seules, une évaluation indépendante du fonctionnement de la CPI.
Une nouvelle Constitution annoncée
Sur le plan institutionnel, le président burkinabè a annoncé l’élaboration prochaine d’une nouvelle Constitution.
Il n’a toutefois pas donné de calendrier précis ni détaillé le contenu du futur texte.
« Il y aura une nouvelle Constitution, forcément. On va réorganiser totalement », a-t-il déclaré.
Ibrahim Traoré a également appelé à une transformation du système politique burkinabè. Il souhaite notamment rompre avec ce qu’il décrit comme « l’esprit politicien ».
Cette réforme s’inscrit dans le cadre plus large de la Révolution progressiste populaire (RPP), mise en avant par les autorités burkinabè.
L’État veut renforcer son rôle dans l’économie
Le chef de l’État a aussi défendu la reprise en main par l’État de certains secteurs économiques.
Il a cité plusieurs entreprises, dont la SN-Citec et la SN-Sosuco, dont il affirme que les performances se sont améliorées depuis leur reprise par les pouvoirs publics. Cette politique s’accompagne, selon lui, d’actions contre la fraude et d’un effort en faveur de la production locale.
Ibrahim Traoré a également évoqué l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC), destinée à favoriser l’investissement collectif des Burkinabè.
Les infrastructures restent par ailleurs au cœur des priorités affichées par le gouvernement. Le président a notamment cité le projet d’autoroute entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Agriculture : la deuxième phase de l’offensive annoncée
Le secteur agricole figure également parmi les chantiers évoqués.
Ibrahim Traoré a annoncé la poursuite de la deuxième phase de l’offensive agropastorale, hydraulique et halieutique. Le programme doit notamment permettre d’accroître les superficies aménagées et de développer les infrastructures d’irrigation.
Le gouvernement entend ainsi renforcer la production agricole et réduire la dépendance du pays à certaines importations.
L’AES vise une candidature commune pour la CAN 2032
Le président burkinabè s’est enfin projeté vers 2032.
Ibrahim Traoré s’est dit favorable à une candidature commune du Burkina Faso, du Mali et du Niger pour accueillir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2032.
Il estime que les trois pays disposent encore de suffisamment de temps pour construire ou réhabiliter les infrastructures nécessaires. Il a notamment évoqué les stades, les hôtels et les dispositifs de sécurité.
« Si on veut, on peut », a-t-il déclaré, estimant que l’organisation d’une CAN par les trois pays de l’AES est réalisable.
Cette proposition reste à ce stade une ambition politique. Aucune attribution de l’organisation de la CAN 2032 aux trois pays de l’AES n’est annoncée dans les éléments disponibles.
Quatre ans après son arrivée au pouvoir
À l’approche du 30 septembre, Ibrahim Traoré entend donc présenter les quatre premières années de son pouvoir sous le signe de la reconquête territoriale, de la souveraineté et de la transformation économique.
Son discours met également en avant plusieurs chantiers encore à venir, notamment la nouvelle Constitution, les investissements dans les infrastructures, l’agriculture et l’approfondissement de la coopération entre les pays de l’AES.
Le président reconnaît toutefois que des difficultés persistent, en particulier sur le plan sécuritaire. Le bilan présenté dimanche constitue ainsi avant tout l’appréciation du chef de l’État sur l’action de son gouvernement, tandis que l’évaluation indépendante de la situation du pays nécessite de prendre en compte d’autres sources et indicateurs.