Voir, comprendre et suivre le quotidien ivoirien

Partager

>

Alphonse Djédjé Mady : le PDCI-RDA perd une figure historique

Alphonse Djédjé Mady : le PDCI-RDA perd une figure historique

Alphonse Djédjé Mady, ancien secrétaire général du PDCI-RDA

La Côte d’Ivoire traverse une nouvelle épreuve avec la disparition d’Alphonse Djédjé Mady. L’ancien secrétaire général du PDCI-RDA s’est éteint hier matin à la Polyclinique Internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM), à Abidjan.

Sa disparition survient alors que le pays pleure encore Émile Constant Bombet. Elle rappelle aussi le départ progressif d’une génération de responsables qui ont profondément marqué la vie politique ivoirienne.

Médecin urologue, professeur, ancien ministre de la Santé, député et président du Conseil régional du Haut-Sassandra, Alphonse Djédjé Mady a occupé de nombreuses fonctions. Toutefois, son nom reste surtout lié au PDCI-RDA et aux grandes négociations engagées pendant la crise politico-militaire ivoirienne.

Alphonse Djédjé Mady, un homme profondément attaché au PDCI-RDA

Au PDCI-RDA, Alphonse Djédjé Mady a incarné une ligne politique fondée sur la fidélité et la conviction. Pendant plusieurs décennies, il a accompagné Henri Konan Bédié dans les moments les plus difficiles.

Après le coup d’État de 1999, puis l’éclatement de la rébellion en septembre 2002, il s’engage pleinement dans la recherche d’une sortie de crise. Dès lors, les missions politiques et diplomatiques se multiplient.

En 2002, Henri Konan Bédié lui confie la direction de sa campagne pour le 11e Congrès du PDCI-RDA. Face à Laurent Dona-Fologo, secrétaire général sortant, Mady mène la bataille avec détermination.

Le résultat tombe quelques semaines plus tard. Henri Konan Bédié remporte le scrutin et reprend la direction du parti. Dans la foulée, le Congrès désigne Alphonse Djédjé Mady comme secrétaire général.

Cette responsabilité ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Elle lui permet aussi d’accompagner de nombreux jeunes cadres qui découvrent alors les rouages de la politique ivoirienne.

Une mission : ramener la paix en Côte d’Ivoire

Quelques semaines seulement après sa nomination, la crise politico-militaire s’installe durablement. Les combats ont divisé le pays et installé une partition de fait.

Face à cette situation, Alphonse Djédjé Mady multiplie les déplacements avec Henri Konan Bédié. Leur objectif reste le même : contribuer à une solution politique.

En janvier 2003, Mady rejoint la délégation du PDCI-RDA conduite par Bédié à Linas-Marcoussis, en France. Les principales forces politiques ivoiriennes s’y retrouvent pour chercher une issue à la crise.

Les discussions se poursuivent ensuite à Kléber. Puis viennent les rencontres d’Accra, au Ghana.

Accra I, le 29 septembre 2002, cherche à obtenir un cessez-le-feu rapide. Accra II, le 7 mars 2003, réaffirme l’engagement des acteurs politiques en faveur de l’accord de Marcoussis. Enfin, Accra III, le 30 juillet 2004, tente de relancer le désarmement et les réformes politiques.

Alphonse Djédjé Mady participe aux trois rendez-vous. Il assiste également au premier tête-à-tête entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, suivi d’un déjeuner.

Pretoria et New York : poursuivre le dialogue

Après le Ghana, la diplomatie ivoirienne se déplace vers l’Afrique du Sud.

En avril puis en juin 2005, Alphonse Djédjé Mady participe aux rencontres de Pretoria. Le président sud-africain Thabo Mbeki conduit alors une médiation au nom de l’Union africaine.

L’ancien secrétaire général du PDCI-RDA reste ensuite présent lors des discussions internationales. En 2006, il accompagne encore Henri Konan Bédié à New York, au siège des Nations unies.

Cette présence constante illustre le rôle qu’il joue auprès du président du PDCI-RDA. À cette époque, Mady signe également les communiqués officiels du parti en sa qualité de secrétaire général.

Au-delà des réunions officielles, il travaille surtout au rapprochement des différentes forces politiques qui se réclament de l’héritage de Félix Houphouët-Boigny.

Alphonse Djédjé Mady et la naissance du RHDP

Les discussions engagées à Accra, poursuivies à Pretoria et approfondies à New York favorisent progressivement le rapprochement des partis houphouëtistes.

Le 19 mai 2005, ces efforts aboutissent à la création du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, à Paris.

Le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié, le RDR d’Alassane Ouattara, l’UDPCI de Mabri Toikeusse et le MFA d’Innocent Anaky Kobena rejoignent alors la nouvelle plateforme.

Alphonse Djédjé Mady figure parmi les responsables qui participent à sa construction. Par la suite, il exerce alternativement les fonctions de porte-parole et de président du Directoire du RHDP.

Ainsi, son parcours reste étroitement lié à la naissance d’une coalition qui jouera un rôle majeur dans l’élection présidentielle de 2010 et l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011.

Du Nord au Golf Hôtel, un homme sur le terrain

Pour Mady, la recherche de la paix ne s’arrête pas aux négociations internationales.

Après les différents sommets, il se rend dans le Nord ivoirien, alors contrôlé par la rébellion. Il entreprend une tournée de réconciliation et va à la rencontre des populations et des acteurs locaux.

Cette démarche traduit une conviction forte : la paix ne peut pas seulement se négocier dans les capitales. Elle doit aussi se construire sur le terrain.

La crise postélectorale de 2010 lui impose une nouvelle épreuve. De novembre 2010 à mai 2011, il rejoint le Golf Hôtel aux côtés d’Alassane Ouattara et de plusieurs responsables politiques.

Dans un contexte extrêmement tendu, il assume ses positions. Il prend des risques et reste fidèle aux choix politiques qu’il défend.

2013 : une défaite face à Bédié, mais pas de rupture

Au 12e Congrès ordinaire du PDCI-RDA, en 2013, Alphonse Djédjé Mady décide de briguer la présidence du parti face à Henri Konan Bédié.

Il perd cette bataille interne.

Pour autant, cette défaite ne l’éloigne pas du PDCI-RDA. Au contraire, il retourne dans les rangs et poursuit son engagement.

Les désaccords n’effacent donc pas plusieurs décennies de fidélité. Jusqu’à ses derniers jours, il reste attaché au parti.

Son parcours électif témoigne d’ailleurs de cette implantation. Le PDCI-RDA lui permet de siéger à l’Assemblée nationale pendant près de quarante ans. Il préside aussi le Conseil régional du Haut-Sassandra durant dix ans.

Une figure politique restée discrète après 2011

Le RHDP, auquel Alphonse Djédjé Mady a contribué, arrive au pouvoir en 2011. Pourtant, l’ancien ministre de la Santé ne retrouve pas de rôle gouvernemental majeur.

Cette situation contraste avec son parcours et avec les responsabilités qu’il a assumées pendant les années de crise.

Ses proches soulignent notamment sa discrétion. Mady ne passe pas les dernières années de sa vie à réclamer des récompenses pour les combats qu’il a menés.

Même confronté à la maladie, il conserve ses convictions. Surtout, il reste fidèle au PDCI-RDA.

« Je suis fatigué… »

Hier matin, Alphonse Djédjé Mady s’est éteint à la PISAM.

Selon le témoignage à l’origine de cet hommage, ses derniers mots auraient été : « Je suis fatigué… »

La phrase frappe par sa simplicité. Elle résonne aussi avec le parcours d’un homme qui aura consacré plusieurs décennies à la médecine, à la politique et à la recherche de la paix.

Son départ laisse un vide parmi les cadres du PDCI-RDA. Il touche également les journalistes et les militants qui l’ont accompagné au fil des années.

Un héritage politique et humain

Alphonse Djédjé Mady aura connu les victoires comme les défaites. Il aura également traversé les coups d’État, la rébellion, les négociations de paix et les grandes recompositions politiques ivoiriennes.

Professeur d’urologie, ancien ministre, député, président de région et secrétaire général du PDCI-RDA, il aura multiplié les responsabilités. Pourtant, son héritage ne se résume pas à cette longue liste de fonctions.

Ceux qui l’ont connu retiennent aussi sa rigueur, sa loyauté et sa persévérance. Son parcours raconte celui d’un homme qui a choisi de rester fidèle à ses convictions malgré les revers.

Aujourd’hui, une page se tourne.

La Côte d’Ivoire perd un témoin majeur de son histoire politique récente. Le PDCI-RDA perd, lui, l’un de ses anciens piliers.

Adieu, Professeur. Adieu, Monsieur le Ministre. Adieu, Monsieur le Député. Adieu, Monsieur le Président de Région. Adieu, « Général ».

Son nom restera associé aux grandes heures du PDCI-RDA et aux efforts entrepris pour ramener la paix en Côte d’Ivoire.

Voir aussi

Tanzanie : le CCM exclut Emmanuel Nchimbi après sa démission, un nouveau vice-président désigné

Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : entre répression, tensions locales et traque des véritables responsables

Mortalité maternelle au Kenya : à Kilifi, des femmes meurent encore faute de soins à temps

Incendies de forêt en Algérie : 12 morts et des dizaines de blessés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *