Rien ne semblait, au départ, conduire Ange Fabien Guéi vers les plateaux de télévision. Ingénieur agroéconomiste de formation, il a commencé sa carrière dans les études économiques et la filière café-cacao avant de passer par l’administration publique et le négoce international.
Aujourd’hui, il dirige deux marques bien installées du paysage audiovisuel ivoirien : NCI – La Nouvelle Chaîne Ivoirienne et Radio Nostalgie Côte d’Ivoire. Une trajectoire atypique que les Africa Next Awards ont choisi de distinguer le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère à Paris.
Une formation loin des studios de télévision
Avant de s’intéresser aux médias, Ange Fabien Guéi s’est construit un solide parcours académique. Diplômé en agroéconomie de l’École supérieure d’agronomie de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, il termine major de sa promotion.
Il poursuit ensuite ses études en France avec un Master 2 en banque et finance à l’Université Jean-Monnet de Saint-Étienne. À cela s’ajoute une formation en management stratégique à la Harvard Division of Continuing Education.
Son premier emploi, en 2004, le conduit au cabinet AISON, spécialisé dans les études économiques liées à la filière café-cacao. Il y commence comme chargé d’études avant de prendre des responsabilités dans la collecte et l’analyse des données.
Un changement intervient lorsque Dagobert Banzio, alors responsable du cabinet, entre au gouvernement. Guéi le rejoint au ministère de la Jeunesse, de l’Éducation civique et des Sports. Pendant un peu plus de deux ans, il découvre les rouages de l’administration publique, les contraintes budgétaires et la préparation des dossiers gouvernementaux.
Du café-cacao au management d’entreprise
En 2008, il retourne dans le secteur privé et rejoint Armajaro Côte d’Ivoire, filiale d’un négociant britannique. Responsable puis directeur des achats, il travaille au plus près des réalités du marché du café et du cacao.
Son parcours se poursuit chez Africa Sourcing. En 2016, des documents de l’entreprise le présentent encore comme directeur des achats, notamment engagé auprès des coopératives de producteurs.
Cette période va jouer un rôle important dans la construction de son profil de dirigeant. Gestion des volumes, négociation, relations avec les producteurs, suivi des performances et anticipation des évolutions d’un marché international : autant d’expériences qui vont ensuite trouver un autre terrain d’application dans les médias.
Car gérer une chaîne de télévision ne consiste pas seulement à penser programmes et audiences. Il faut également piloter des équipes, maîtriser les investissements, développer des activités et trouver de nouveaux relais de croissance.
2018, l’année où tout bascule
Le véritable tournant intervient en 2018.
Alors qu’il est directeur général adjoint d’Africa Sourcing, Ange Fabien Guéi participe à la diversification des activités du groupe. Un projet retient particulièrement l’attention : celui d’une nouvelle chaîne de télévision généraliste destinée au marché ivoirien.
Cette chaîne deviendra NCI.
Guéi rejoint le projet alors que la télévision est encore en construction et en devient directeur général adjoint. Parallèlement, il intervient auprès de Radio Nostalgie Côte d’Ivoire en qualité de consultant-contrôleur général.
Le 12 décembre 2019, NCI commence à émettre sur la TNT ivoirienne. Une semaine plus tard, son lancement officiel est célébré à Abidjan. La chaîne arrive alors dans un paysage audiovisuel en pleine ouverture, marqué par l’arrivée progressive de nouveaux acteurs privés.
Quelques mois plus tard, en juin 2020, Ange Fabien Guéi prend les commandes de NCI en tant que directeur général.
Deux ans après, en septembre 2022, il devient également directeur général de Radio Nostalgie Côte d’Ivoire. Le voilà désormais à la tête de deux médias dont les histoires et les publics ne sont pas les mêmes : d’un côté, une télévision encore jeune ; de l’autre, une radio implantée dans les habitudes des Ivoiriens depuis 1993.
NCI, une télévision qui veut aller au-delà de l’antenne
À ses débuts, NCI doit trouver sa place dans un marché où coexistent la télévision publique et plusieurs chaînes privées.
La chaîne développe progressivement une identité autour de l’information, des débats, du divertissement, de la culture et du sport. Mais une autre bataille se joue également sur les plateformes numériques.
En 2026, NCI revendique plusieurs millions d’abonnés sur ses différentes plateformes. Sa chaîne YouTube officielle dépasse, elle aussi, le million d’abonnés. La télévision ivoirienne est par ailleurs accessible sur plusieurs bouquets à l’étranger, notamment en Europe.
Pour Ange Fabien Guéi, l’enjeu ne se limite toutefois plus à réunir une audience devant un écran. NCI cherche progressivement à devenir un acteur de la production de contenus.
NCI Création : quand la télévision devient productrice
Cette nouvelle orientation prend forme en 2026 avec NCI Création.
Après les séries Castes et L’Effet Papillon, la chaîne poursuit son développement dans la fiction avec L’Agence. L’ambition affichée est de proposer régulièrement de nouvelles productions originales, avec l’objectif annoncé d’installer un nouveau rendez-vous environ tous les trois mois.
Ce choix transforme profondément le rôle d’une chaîne de télévision. En produisant ou en coproduisant des œuvres, NCI ne se contente plus de diffuser les créations d’autres acteurs. Elle contribue directement au financement des projets et mobilise auteurs, comédiens, réalisateurs et techniciens.
La chaîne s’est également associée à Ébinto, adaptation cinématographique du roman Les Frasques d’Ébinto d’Amadou Koné, en qualité de coproductrice et de partenaire média.
Derrière cette stratégie se dessine une ambition : participer davantage à la construction d’une industrie audiovisuelle ivoirienne capable de produire ses propres histoires et de les faire circuler.
Le sport, autre levier de développement
Le sport constitue un autre terrain sur lequel NCI a renforcé sa présence.
La chaîne a obtenu la production et la diffusion de rencontres des Éléphants dans le cadre des éliminatoires africaines de la Coupe du monde 2026. Pour certains matchs, ses équipes ont déployé un dispositif de production pouvant atteindre seize caméras. La radio Nostalgie a également été associée au dispositif.
Cette complémentarité entre télévision, radio, réseaux sociaux et événementiel illustre une évolution du modèle économique des médias. Les différentes plateformes sont désormais pensées comme des composantes d’un même écosystème.
Pour le dirigeant, le défi est donc autant éditorial que managérial : mobiliser les équipes, arbitrer les investissements, développer les contenus et construire des offres susceptibles de séduire le public comme les annonceurs.
Nostalgie : moderniser sans perdre son identité
Le défi est différent à Radio Nostalgie.
Lorsque Guéi en prend la direction générale en 2022, il hérite d’une marque qui possède déjà près de trois décennies d’histoire en Côte d’Ivoire. La mission consiste alors à faire évoluer la station sans effacer ce qui fait son identité.
La grille s’est enrichie de nouvelles émissions, de talk-shows sportifs et de formats davantage tournés vers le divertissement et les personnalités ivoiriennes.
La radio cherche aussi à sortir du seul cadre de l’antenne. En 2025, pour ses 32 ans, Nostalgie lance notamment le festival Nostalgie en Folie. La direction de la station revendique plus de 5 000 participants lors de cette première édition officielle.
À la tête des deux médias, Ange Fabien Guéi doit ainsi composer avec deux temporalités : accélérer le développement d’une télévision née avec la TNT tout en modernisant une radio trentenaire sans rompre avec son histoire.
Une nouvelle dimension : l’audiovisuel africain
La trajectoire de Guéi ne s’arrête cependant pas aux frontières ivoiriennes.
En 2022, NCI intègre l’Union africaine de radiodiffusion (UAR-AUB), organisation panafricaine consacrée à la coopération entre acteurs de l’audiovisuel. La chaîne devient alors la deuxième chaîne privée africaine à rejoindre cette organisation.
Quatre ans plus tard, la présence du secteur privé dans la gouvernance de l’UAR se renforce. Lors de la 17e Assemblée générale, organisée du 14 au 17 avril 2026 à Banjul, en Gambie, le nombre de sièges réservés aux diffuseurs privés au Conseil exécutif passe de un à trois.
NCI rejoint alors Label TV et Africa 24 au sein de cette instance.
Ange Fabien Guéi devient ainsi l’un des trois représentants des chaînes privées africaines au Conseil exécutif de l’UAR, aux côtés de Mactar Silla et Constant Nemale.
À Banjul, il participe notamment à un panel consacré à la hausse du coût des droits de retransmission sportive. Un sujet particulièrement sensible pour les médias africains confrontés à l’augmentation du prix des compétitions internationales.
Défendre une industrie audiovisuelle africaine plus autonome
En 2026, le dirigeant ivoirien est également choisi comme parrain de la quatrième édition du Salon international de l’audiovisuel du Cameroun, organisée à Douala autour du financement, de la valorisation et de la protection des créations audiovisuelles africaines.
Son discours s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir du secteur. Pour lui, produire des contenus ne suffit plus. Encore faut-il disposer des moyens de les financer, de les distribuer et d’en conserver la maîtrise.
Il défend notamment une meilleure mutualisation entre les acteurs africains afin de renforcer l’autonomie de l’industrie audiovisuelle du continent.
En Côte d’Ivoire, il participe également aux discussions sur l’évolution du secteur. En 2025, il représente les éditeurs audiovisuels lors de la signature d’un dispositif associant la HACA, Kantar et le Groupement d’intérêt économique des médias audiovisuels autour de la mesure des audiences radio et télévision. Il siège aussi au conseil de gestion de l’Agence de soutien et de développement des médias comme représentant des éditeurs de services audiovisuels.
Une trajectoire qui sort des sentiers battus
Ce qui distingue le parcours d’Ange Fabien Guéi tient finalement à son point de départ.
Il n’a pas commencé dans une rédaction. Il n’a pas été journaliste, animateur ou producteur avant de prendre la direction d’un média. Son itinéraire passe par l’agronomie, les études économiques, l’administration publique, le commerce international et la filière café-cacao.
Cette expérience explique en partie son approche du secteur audiovisuel : penser en termes d’organisation, d’investissement, de diversification, de marché et de développement.
Le 3 septembre 2026, aux Folies Bergère à Paris, les Africa Next Awards viendront mettre en lumière cette trajectoire peu conventionnelle.
En un peu plus de huit ans dans l’audiovisuel, Ange Fabien Guéi est passé du lancement d’une nouvelle chaîne ivoirienne à la direction de deux médias majeurs, avant d’intégrer la gouvernance d’une organisation panafricaine.
Son parcours raconte finalement une transformation qui dépasse sa propre carrière : celle d’un secteur audiovisuel africain qui cherche à ne plus être seulement un espace de diffusion, mais à devenir une véritable industrie de création, de production et de circulation des contenus africains.