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Au Cameroun, la langue des signes ouvre une voie vers une éducation plus inclusive

Au Cameroun, la langue des signes ouvre une voie vers une éducation plus inclusive

Au Cameroun, l’éducation inclusive reste confrontée à de nombreux obstacles, notamment pour les jeunes en situation de handicap auditif. À Yaoundé, le Marilyn’s Inclusive Center mise sur la langue des signes et le braille pour faciliter la communication, renforcer l’autonomie et favoriser l’intégration des personnes sourdes et malentendantes.
Éducation inclusive au Cameroun avec des jeunes apprenants en langue des signes

À Yaoundé, quelques gestes suffisent parfois à faire tomber un mur. Un mouvement de la main, une expression du visage, un signe appris et répété. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, la langue des signes n’est pas seulement un moyen de communiquer. Elle peut devenir une clé pour apprendre, se faire comprendre et prendre pleinement sa place dans la société.

C’est tout l’enjeu porté par le Marilyn’s Inclusive Center, un centre de formation qui mise sur la Langue des Signes, le braille et d’autres apprentissages pour renforcer l’autonomie des jeunes en situation de handicap.

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Quand communiquer devient un défi

Pour un enfant sourd, entrer dans une salle de classe ne garantit pas forcément l’accès au savoir. Lorsque l’enseignant et l’apprenant ne disposent pas d’un langage commun, chaque cours peut se transformer en parcours d’obstacles.

Au Cameroun, la situation reste préoccupante. Selon les données avancées dans le cadre de cette initiative, seuls 10 % des enfants en situation de handicap seraient scolarisés. La question de l’accessibilité de l’éducation dépasse donc largement celle des infrastructures. Elle concerne aussi la capacité à communiquer et à transmettre les connaissances.

La langue des signes occupe, dans ce contexte, une place centrale. Elle permet aux personnes sourdes et entendantes de se comprendre, mais aussi de créer des espaces où le handicap ne constitue plus une frontière.

« Ce centre entend promouvoir la formation, notamment dans des domaines aussi essentiels que la langue des signes et le braille. À travers ces enseignements, ils contribuent à réduire les barrières qui peuvent limiter la communication, l’accès à l’information, à l’éducation, à la formation. »

Emmanuel Ndong, représentant du sous-préfet de Yaoundé IV.

À Yaoundé, apprendre pour mieux inclure

Au Marilyn’s Inclusive Center, l’apprentissage passe d’abord par les gestes. Les apprenants découvrent l’alphabet, les signes et les expressions nécessaires pour communiquer en Langue des Signes.

Le centre propose notamment des formations en Langue des Signes Française (LSF) et en American Sign Language (ASL). Le braille figure également parmi les enseignements dispensés.

Pour sa promotrice, Fabiola Batchayo, l’objectif est de faire de l’établissement un véritable espace ouvert à tous.

« J’aimerais que tous ceux qui viennent ici puissent apprendre la langue des signes, le braille et toutes les autres formations que nous dispensons. Je tiens à préciser que ce centre de formation est inclusif. »

Fabiola Batchayo, promotrice du Marilyn’s Inclusive Center.

Derrière cette volonté, il y a une conviction simple : plus le nombre de personnes capables de communiquer en langue des signes augmente, moins les personnes sourdes risquent de se retrouver isolées.

« Ici, j’apprends beaucoup de choses »

Pour les apprenants, cette formation prend une dimension très concrète.

Zaelle, jeune participante, raconte ce qu’elle vient chercher au centre avec des mots simples :

« Ici, j’apprends beaucoup de choses. J’apprends à signer en français pour aider les sourds. »

Son témoignage illustre l’un des enjeux de l’inclusion : celle-ci ne repose pas uniquement sur les personnes directement concernées par le handicap. Elle suppose aussi que l’entourage, les enseignants, les familles et la société dans son ensemble apprennent à communiquer autrement.

La langue des signes devient alors un outil de rapprochement.

Combattre la stigmatisation par la communication

Pendant longtemps, les personnes sourdes ou malentendantes ont été confrontées à des préjugés et à l’exclusion. Pour Yvanne Batchayo, enseignante au centre, l’apprentissage de la langue des signes participe directement à la lutte contre cette stigmatisation.

« L’entendant et le malentendant peuvent se comprendre, peuvent signer. Ici, on apprend à faire la langue des signes. Ce qui fait en sorte que le malentendant se sent moins maladroit, se sent moins stigmatisé. Il y a quelques années, les personnes malentendantes étaient vraiment très stigmatisées. Aujourd’hui, chez Marilyn’s Inclusive Center, nous faisons la promotion de cette inclusion à travers la langue des signes. »

Le changement commence donc parfois par un geste aussi simple qu’un signe compris par l’autre.

Une réforme de l’éducation inclusive encore confrontée aux défis

Cette initiative intervient alors que le Cameroun cherche à renforcer son dispositif d’éducation inclusive. Le pays prévoit 100 milliards de FCFA sur la période 2024-2028 pour sa réforme de l’éducation inclusive, avec un financement annoncé à 65 % par l’État et les collectivités territoriales.

L’enjeu reste considérable. Les difficultés d’accès à l’éducation concernent particulièrement les jeunes en situation de handicap, mais aussi d’autres catégories d’enfants et d’adolescents confrontés à des obstacles économiques, sociaux ou géographiques.

Les données citées dans le cadre de cette initiative indiquent par ailleurs que 32,2 % des jeunes âgés de 16 à 18 ans sont exclus du second cycle du secondaire.

Ces chiffres rappellent que l’inclusion ne se résume pas à l’ouverture des portes d’une école. Elle suppose de pouvoir comprendre les cours, poser des questions, échanger avec les autres et développer ses compétences dans des conditions adaptées.

Faire de la langue des signes un outil d’autonomie

Au Marilyn’s Inclusive Center, l’ambition dépasse donc l’apprentissage d’un vocabulaire gestuel. Il s’agit de donner aux apprenants des moyens supplémentaires pour communiquer, apprendre et participer à la vie collective.

Chaque signe appris peut réduire une distance. Chaque personne formée peut, à son tour, transmettre ce qu’elle a appris.

Dans une société où les personnes sourdes et malentendantes restent encore confrontées à de nombreuses barrières, la promotion de la langue des signes apparaît ainsi comme un enjeu d’éducation, mais aussi de dignité et d’égalité.

À Yaoundé, les mains parlent. Et derrière chaque geste se dessine une même aspiration : pouvoir apprendre, être compris et avancer sans être laissé au bord du chemin.

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