Ancien préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié estime que la Côte d’Ivoire doit protéger le Corps préfectoral des tensions électorales. Pour défendre cette position, il revient sur un épisode qui l’a profondément marqué alors qu’il était étudiant.
Une agression qui marque durablement les esprits
En 1995, la Côte d’Ivoire organise sa première élection présidentielle après le décès du président Félix Houphouët-Boigny. Le climat politique est particulièrement tendu.
À Odienné, des manifestants s’en prennent au sous-préfet de Tiémé. Ils l’accusent d’avoir participé à l’organisation d’élections qu’ils jugent injustes.
Les assaillants l’extraient de son véhicule, le frappent puis lui retirent sa tenue de commandement. Ensuite, ils habillent un malade mental connu dans la ville avec cet uniforme. Pendant plusieurs jours, l’homme circule ainsi dans les rues d’Odienné.
Selon Vincent Toh Bi Irié, cette scène choque profondément le Corps préfectoral. Il précise que des photographies existent encore, mais refuse de les publier par respect pour cette institution.
Une période marquée par de fortes tensions politiques
À cette époque, Henri Konan Bédié se présente à l’élection présidentielle.
De son côté, Alassane Ouattara renonce à être candidat. Il considère que certaines dispositions de la Constitution l’empêchent de participer au scrutin.
Par solidarité, le FPI de Laurent Gbagbo boycotte également l’élection. Les deux partis créent alors le Front républicain et lancent un appel au « boycott actif ».
Très vite, plusieurs régions connaissent des violences. Les forces de sécurité interviennent. Les affrontements provoquent des morts, des arrestations et des destructions.
Un plaidoyer pour une réforme électorale
À cette période, le ministère de l’Intérieur organise directement les élections par l’intermédiaire des préfets et des sous-préfets.
Vincent Toh Bi Irié juge ce modèle inadapté. Selon lui, cette mission expose inutilement le Corps préfectoral aux conflits politiques.
Il propose donc de confier l’organisation des élections à une institution indépendante. Ainsi, les préfets et les sous-préfets pourraient se consacrer pleinement à leurs missions de sécurité, d’administration et de développement.
L’ancien préfet estime également que cette séparation renforcerait la confiance des citoyens tout en préservant l’autorité de l’État.
Un destin lié à Tiémé
Ce témoignage prend une dimension personnelle. En 1996, Vincent Toh Bi Irié réussit le concours de l’École nationale d’administration.
Quelques années plus tard, l’État le nomme sous-préfet de Tiémé. Il occupe ainsi le poste qu’avait exercé le responsable agressé en 1995.
Pour Vincent Toh Bi Irié, la décision de retirer au ministère de l’Intérieur l’organisation des élections après décembre 1999 a constitué une avancée importante. À ses yeux, cette réforme a permis d’éloigner le Corps préfectoral des affrontements politiques liés aux scrutins.

