Face à la progression du terrorisme et à la multiplication des fragilités sécuritaires en Afrique de l’Ouest, la Force en attente de la CEDEAO revient au cœur des priorités régionales. À Abuja, le Nigeria pousse pour accélérer sa mise en ordre et défend une approche qui ne repose pas uniquement sur les moyens militaires. Pour les autorités nigérianes, la prévention des conflits, l’action humanitaire et l’implication des populations sont indispensables pour installer une paix durable.
À Abuja, le Nigeria insiste sur le rôle des civils
La question était au centre d’une rencontre tenue mardi 18 août 2026 à Abuja. Responsables nigérians et partenaires au développement ont échangé sur la composante civile de la Force en attente de la CEDEAO.
Cette composante doit jouer un rôle en amont et en aval des crises : prévenir les tensions, améliorer les mécanismes d’alerte précoce, soutenir les populations touchées et contribuer au retour à une vie normale après les conflits.
Le secrétaire du gouvernement de la Fédération, George Akume, a ainsi appelé les partenaires au développement à accompagner la pleine opérationnalisation de ce mécanisme régional.
Pour Aminu Sani, secrétaire permanent du Special Services Office au Nigeria, l’enjeu dépasse largement la seule capacité à remporter une bataille. « C’est la dimension civile qui transforme une victoire militaire en une paix durable », a-t-il souligné. Selon lui, cette approche permet notamment de restaurer la confiance entre les communautés, de traiter les causes profondes de la radicalisation et d’apporter une réponse qui ne soit pas uniquement dictée par l’urgence.
Une force antiterroriste confrontée au défi du financement
La volonté affichée à Abuja intervient alors que la CEDEAO travaille à rendre sa Force en attente pleinement opérationnelle.
En février 2026, à Freetown, les chefs d’état-major de la région ont examiné une feuille de route destinée à activer sa composante antiterroriste. Quelques mois plus tard, en juillet, une inspection menée en Guinée a permis d’évaluer la préparation d’une unité appelée à intégrer le dispositif régional.
Sur le terrain, la question des moyens reste cependant déterminante. La force complète, annoncée autour de 5 000 hommes, est estimée à 2,61 milliards de dollars. Une première phase, avec environ 1 650 hommes, nécessiterait pour sa part 481,5 millions de dollars.
Ces montants donnent une idée de l’ampleur du défi. La mise en place d’une force régionale crédible ne dépend pas seulement de la disponibilité des soldats. Elle exige aussi des équipements, des moyens logistiques, des infrastructures, des capacités de renseignement et un financement durable.
« Rendre cette force opérationnelle dès l’année prochaine »
Pour la CEDEAO, le calendrier se précise. Isaac Armstrong, chargé de programme sécurité à la CEDEAO au Nigeria, rappelle que les chefs d’État et de gouvernement souhaitent voir la force devenir opérationnelle dès 2027.
L’objectif est ambitieux dans une sous-région où les groupes armés exploitent les frontières poreuses, les zones difficiles d’accès et les fragilités sociales pour étendre leur influence.
Mais Abuja entend également défendre une vision plus large de la sécurité. Une réponse strictement militaire peut permettre de reprendre un territoire ou de neutraliser une menace. Elle ne suffit pas toujours à empêcher le retour de la violence.
C’est précisément là que la composante civile prend toute son importance.
Au-delà des armes, reconquérir la confiance des populations
Dans les régions touchées par les violences, la sécurité ne se résume pas à la présence de forces armées. Elle passe aussi par l’accès aux services essentiels, la protection des populations, le dialogue avec les communautés et la capacité des États à répondre aux frustrations qui peuvent alimenter la radicalisation.
Le pari défendu par le Nigeria consiste donc à associer les différentes dimensions de la réponse régionale. La prévention, l’action humanitaire, l’alerte précoce et la participation des communautés doivent accompagner les opérations de sécurité.
Cette approche pourrait également permettre à la CEDEAO de mieux anticiper les crises au lieu d’intervenir uniquement lorsqu’elles ont déjà pris de l’ampleur.
Un test majeur pour la sécurité ouest-africaine
La relance de la Force en attente intervient dans un contexte régional particulièrement délicat. Les États d’Afrique de l’Ouest sont confrontés à des menaces transfrontalières qui rendent les réponses isolées plus difficiles.
Pour Abuja, l’enjeu est donc de transformer les engagements politiques en capacités concrètes. Le financement constitue l’une des principales conditions de réussite, mais l’efficacité du dispositif dépendra aussi de la coordination entre les États membres et de la place accordée aux acteurs civils.
La Force en attente de la CEDEAO se trouve ainsi face à un double défi : être suffisamment robuste pour répondre aux menaces sécuritaires et suffisamment proche des populations pour contribuer à une paix qui résiste au temps.
Car, derrière les chiffres, les budgets et les plans militaires, se trouve une réalité simple : dans les zones frappées par le terrorisme, les populations attendent avant tout de pouvoir vivre, travailler et envoyer leurs enfants à l’école sans craindre le lendemain. C’est à cette capacité de restaurer durablement cette confiance que se mesurera, en définitive, la réussite du dispositif régional.