À Bimbo, à quelques kilomètres de Bangui, les habitants espèrent voir une vieille difficulté s’atténuer : celle des coupures d’électricité. Depuis le 12 août, la mise en service de Sakaï 2, une nouvelle centrale solaire soutenue par les Émirats arabes unis, ouvre une nouvelle étape pour le secteur énergétique centrafricain.
À terme, l’installation doit atteindre une capacité de 60 mégawatts. Pour un pays où la demande en électricité progresse avec la population et l’activité économique, cette nouvelle infrastructure représente un investissement important. Mais derrière les chiffres, l’enjeu est très concret : permettre aux ménages de disposer d’une alimentation électrique plus régulière et aux entreprises de travailler dans de meilleures conditions.
Sakaï 2 change d’échelle
Avec ses 60 mégawatts annoncés à terme, Sakaï 2 représente un bond significatif dans la production solaire centrafricaine. La centrale est quatre fois plus puissante que Sakaï 1, qui produit 15 mégawatts, et dépasse largement la capacité de Danzi, estimée à 25 mégawatts.
Le projet représente un investissement de 90 millions de dollars, réalisé avec le soutien des Émirats arabes unis. Son ambition dépasse donc la simple construction d’une nouvelle infrastructure : il s’agit pour les autorités de renforcer durablement la capacité énergétique du pays.
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra résume l’urgence à laquelle le pays doit répondre.
« Si vous demandez aujourd’hui à la population, l’un des problèmes importants, c’est l’énergie. Il y a beaucoup de coupures. »
Selon le chef de l’État, la croissance démographique accentue la pression sur le réseau. Les besoins des ménages augmentent, tout comme ceux des petits commerces, des ateliers et des entreprises.
De 37 à 140 mégawatts en huit ans
La Centrafrique a déjà considérablement augmenté sa capacité de production électrique ces dernières années. Elle est passée de 37 mégawatts en 2016 à 140 mégawatts en 2024.
Avec Sakaï 2, les autorités ambitionnent désormais d’atteindre environ 200 mégawatts à terme.
Cette progression constitue un changement important pour un pays qui cherche à réduire son déficit énergétique. Pourtant, produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il transporter cette énergie et la distribuer efficacement aux consommateurs.
C’est le rôle de l’ENERCA, chargée du transport et de la distribution de l’électricité.
Le développement du réseau apparaît donc comme l’un des principaux défis de la prochaine étape. Une centrale plus puissante peut augmenter l’offre disponible, mais son impact restera limité si l’électricité ne parvient pas régulièrement jusqu’aux quartiers de Bangui et aux autres zones desservies.
À Bangui, les premiers effets sont déjà ressentis
Pour certains usagers, les changements commencent néanmoins à se faire sentir.
Dieu Merci Bisaholo, entrepreneur et client de l’ENERCA, affirme avoir constaté une amélioration dans son secteur après la mise en service du champ solaire.
« Avant, on avait des difficultés à être fourni en électricité, et cela se faisait par saccades. Pour le moment, nous constatons qu’il y a un peu de changement. »
Son témoignage illustre l’attente qui accompagne le projet. Pour les entrepreneurs, la régularité de l’électricité conditionne directement les activités quotidiennes. Une coupure peut interrompre une production, retarder un service ou empêcher un petit commerce de fonctionner normalement.
L’amélioration observée reste toutefois relative. L’entrepreneur reconnaît lui-même que la situation n’est « pas encore parfaite », tout en considérant cette évolution comme « un bon début ».
Le solaire au cœur du pari énergétique centrafricain
Avec Sakaï 2, la Centrafrique confirme sa volonté d’accorder une place plus importante au solaire dans son mix énergétique.
Le projet soutenu par les Émirats arabes unis arrive dans un contexte où le pays doit répondre simultanément à deux impératifs : produire davantage d’électricité et rendre cette énergie accessible de manière plus régulière aux populations.
L’objectif final ne se mesurera donc pas uniquement en mégawatts installés. Il se vérifiera dans les foyers, les ateliers, les commerces et les entreprises.
À Bimbo, les panneaux solaires de Sakaï 2 symbolisent déjà une nouvelle ambition. Pour les habitants de Bangui, la véritable réussite du projet sera beaucoup plus simple à mesurer : moins de coupures, une électricité plus stable et la possibilité de travailler sans craindre que le courant s’arrête au mauvais moment.
La centrale solaire Sakaï 2 donne ainsi à la transition énergétique centrafricaine une nouvelle dimension. Reste désormais à transformer cette capacité supplémentaire en amélioration durable du quotidien.