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Marché du carbone en Afrique de l’Ouest : la CEDEAO cherche des financements pour relever le défi climatique

Marché du carbone en Afrique de l’Ouest : la CEDEAO cherche des financements pour relever le défi climatique

L’Afrique de l’Ouest est face à un paradoxe : elle subit de plein fouet les effets du changement climatique alors qu’elle dispose de ressources naturelles capables de contribuer au financement de sa propre adaptation. Pour réduire cet écart, la CEDEAO travaille depuis 2024 à la création d’une plateforme régionale dédiée au marché du carbone en Afrique de l’Ouest.

L’enjeu est considérable. Selon les estimations citées dans le cadre des travaux régionaux, les besoins de financement climatique de l’Afrique de l’Ouest atteignent près de 294 milliards de dollars. Une somme qui donne la mesure des investissements nécessaires pour protéger les populations, renforcer les infrastructures et préserver les écosystèmes.

Des millions de personnes exposées aux conséquences du climat

Derrière les chiffres se trouvent des vies bouleversées. La hausse des températures, la dégradation des terres, les difficultés agricoles et les déplacements de populations fragilisent déjà de nombreuses communautés.

Près de 32 millions de personnes pourraient être contraintes de se déplacer à l’intérieur de leur pays sous l’effet du dérèglement climatique. Pour des familles qui dépendent directement de l’agriculture, de l’élevage ou des ressources naturelles, la dégradation de l’environnement peut rapidement devenir une question de survie économique.

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Cette pression intervient alors que les États doivent également financer les routes, les ports, les aéroports, les logements, les services publics et les infrastructures urbaines. Le financement de la transition climatique entre donc en concurrence avec de nombreux autres besoins de développement.

Pour l’analyste politique Kerwin Mayizo, cette réalité impose de revoir les priorités publiques.

« Face à un besoin de 294 milliards de dollars pour le climat, les pays de la CEDEAO doivent faire de l’action environnementale une priorité budgétaire nationale. »

Selon lui, la protection de l’environnement ne devrait plus être considérée comme une dimension secondaire des politiques publiques. Elle doit être prise en compte dès la conception des projets d’infrastructures, qu’il s’agisse d’aménagement urbain, de construction routière ou de développement portuaire et aéroportuaire.

Le potentiel des forêts, des terres agricoles et des mangroves

C’est précisément sur ce potentiel que la région entend s’appuyer.

L’Afrique de l’Ouest possède d’importantes superficies agricoles, des forêts et des mangroves susceptibles de contribuer à la séquestration du carbone. La région compte notamment plus de 350 millions d’hectares de terres agricoles.

Le principe du marché carbone consiste notamment à attribuer une valeur économique à certaines réductions ou absorptions d’émissions de gaz à effet de serre. Des projets de reboisement, de restauration des mangroves, d’agriculture durable ou encore de protection des forêts peuvent ainsi, sous certaines conditions, générer des crédits carbone.

Pour les États ouest-africains, l’intérêt est double : soutenir des projets favorables à l’environnement tout en attirant de nouvelles sources de financement.

Mais transformer ce potentiel naturel en ressources financières n’est pas automatique.

Des règles encore à harmoniser

La faiblesse des cadres réglementaires, le manque de compétences techniques et les difficultés liées à la certification des projets constituent encore des obstacles à l’accès aux financements carbone.

C’est l’une des raisons qui poussent la CEDEAO à travailler sur une plateforme régionale. Depuis 2024, l’organisation cherche à mettre en place un dispositif capable de rapprocher les États, les porteurs de projets et les investisseurs, tout en favorisant une meilleure harmonisation des règles.

La démarche s’inscrit notamment dans les mécanismes prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris, qui encadre certaines formes de coopération internationale autour de la réduction des émissions.

L’objectif affiché est de donner davantage de visibilité au potentiel de la région et de permettre aux pays membres de mieux valoriser leurs initiatives climatiques.

Le marché carbone ne peut pas tout financer

Pour autant, miser sur le carbone ne signifie pas que les marchés carbone pourront couvrir à eux seuls les besoins climatiques de l’Afrique de l’Ouest.

Kerwin Mayizo appelle justement à la prudence. À ses yeux, ces mécanismes doivent rester une source de financement complémentaire.

« Il s’agit d’une solution complémentaire et non durable. La priorité doit être de se reposer sur nos propres ressources, au travers des budgets nationaux et des fonds communautaires de la CEDEAO. »

L’analyste va plus loin en dénonçant ce qu’il considère comme une forme de « colonialisme vert », lorsque les mécanismes carbone risquent de placer les pays africains dans une position de dépendance vis-à-vis de financements ou d’acteurs extérieurs.

Cette réserve pose une question centrale : comment attirer les capitaux internationaux sans que la protection des ressources naturelles africaines échappe aux populations et aux États qui en dépendent ?

Faire du climat une priorité des politiques publiques

La création d’une plateforme régionale pourrait apporter une partie de la réponse, à condition qu’elle s’accompagne d’une véritable stratégie financière et institutionnelle.

Pour l’Afrique de l’Ouest, le défi n’est donc pas seulement de vendre des crédits carbone. Il consiste aussi à renforcer les budgets nationaux consacrés au climat, développer les compétences locales, améliorer la transparence des projets et garantir que les revenus générés bénéficient réellement aux territoires concernés.

Les investissements climatiques devront également être intégrés aux politiques de développement. Une route construite aujourd’hui, un nouveau quartier ou un port modernisé auront des conséquences environnementales pendant plusieurs décennies. Anticiper ces effets dès la conception peut permettre d’éviter des coûts considérables à l’avenir.

Avec ses forêts, ses mangroves, ses terres agricoles et ses nombreux projets de restauration des écosystèmes, l’Afrique de l’Ouest dispose d’un capital environnemental important. Reste désormais à déterminer comment le valoriser sans transformer la nature en simple marchandise.

La future plateforme de la CEDEAO pourrait constituer un outil important dans cette démarche. Mais face aux 294 milliards de dollars de besoins climatiques estimés, les marchés du carbone ne seront qu’une pièce d’un financement beaucoup plus vaste, qui devra aussi reposer sur les ressources publiques et les engagements propres aux États de la région.

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