À Kigali, une nouvelle génération de dirigeantes africaines se met en mouvement
Elles étaient plus d’un millier à rêver d’intégrer cette première promotion. Seules 40 femmes ont finalement franchi la porte de l’Académie africaine pour les femmes dans le leadership politique, à Kigali, au Rwanda.
Derrière ce chiffre se cachent des histoires, des combats et des expériences très différentes. Certaines viennent de la haute administration, d’autres du monde entrepreneurial ou de la société civile. Toutes partagent pourtant une même conviction : les femmes doivent prendre une place plus importante dans la conduite des affaires publiques en Afrique.
Portée par l’African School of Governance, cette nouvelle académie veut justement créer un espace où ces expériences peuvent se rencontrer, se renforcer et, surtout, déboucher sur une action concrète.
De Mbabane à Kigali, le parcours de Gciniwe Fakudze
Pour Gciniwe Fakudze, directrice générale de la municipalité de Mbabane, au Royaume d’Eswatini, cette sélection a une résonance particulière.
Elle fait partie des 40 femmes retenues sur 1 344 candidatures. Pour elle, cette admission ne représente pas seulement une nouvelle étape professionnelle. Elle vient aussi récompenser des années de travail, de sacrifices et de résilience.
Originaire d’un petit royaume d’environ 1,2 million d’habitants, elle dit avoir vécu cette reconnaissance avec beaucoup d’humilité. Son parcours lui a surtout rappelé une chose : l’impact d’une femme ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes qu’elle atteint.
« Peu importe notre origine […] le fait d’influencer deux femmes ou d’en inspirer un million, l’impact demeure tout aussi réel », témoigne Gciniwe Fakudze.
Cette conviction nourrit sa vision du leadership. Une femme peut accompagner deux personnes aujourd’hui et, peut-être, contribuer indirectement à l’émergence d’une future présidente.
Pour la responsable municipale, cette sélection agit ainsi comme un encouragement à poursuivre le travail engagé.
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« Poursuis ton combat, d’autres femmes sont à tes côtés », résume-t-elle.
Une phrase qui traduit l’esprit de cette première promotion : avancer individuellement, mais surtout construire une dynamique collective.
Sephora Kodjo : de l’entrepreneuriat à la participation politique
Dans cette même promotion figure Sephora Kodjo, engagée depuis plusieurs années dans l’accompagnement des femmes entrepreneures en Côte d’Ivoire.
Son quotidien est déjà tourné vers l’autonomisation économique. Chaque année, près de 1 000 PME dirigées par des femmes bénéficient de son accompagnement et de solutions destinées à faciliter leur accès au financement.
À ses yeux, l’Académie ouvre donc naturellement un nouveau champ de réflexion.
« Chaque femme, peu importe le secteur, doit s’impliquer dans les affaires de leadership, de participation politique », explique-t-elle.
Pour Sephora Kodjo, l’engagement politique ne doit pas être considéré comme un univers réservé à quelques spécialistes. Elle établit au contraire un lien direct entre l’entrepreneuriat, la gestion des organisations et la gouvernance.
« La politique, c’est la gestion des institutions, c’est la gestion des hommes, c’est la création de valeur et c’est déjà ce que nous faisons », souligne-t-elle.
Son parcours illustre ainsi une réalité de plus en plus visible sur le continent : l’engagement des femmes dans la vie publique peut prendre plusieurs formes avant de déboucher, éventuellement, sur une responsabilité politique.
Une cohorte réduite, une ambition continentale
La sélection de seulement 40 participantes donne à cette première promotion une dimension particulière. Ces femmes ne sont pas réunies uniquement pour enrichir leurs parcours individuels.
L’objectif est aussi de faire naître un réseau de dirigeantes capables de partager leurs expériences, de développer de nouvelles compétences et de porter plus fortement la voix des femmes dans les espaces de décision.
À Kigali, les trajectoires se croisent donc. Celle d’une responsable municipale d’Eswatini rencontre celle d’une entrepreneure ivoirienne engagée auprès des PME féminines. D’autres participantes apportent encore leurs propres expériences, leurs réalités nationales et leurs ambitions.
Cette diversité constitue précisément l’une des forces de la cohorte.
Faire du leadership féminin un levier de transformation
La question du leadership féminin en Afrique ne se résume pas à augmenter le nombre de femmes présentes dans les institutions. Elle concerne aussi leur capacité à participer aux décisions, à influencer les politiques publiques et à transformer leur expérience professionnelle en action collective.
L’Académie africaine pour les femmes dans le leadership politique entend s’inscrire dans cette perspective.
Pour les 40 participantes, Kigali représente donc davantage qu’un lieu de formation. C’est un point de rencontre entre des femmes qui, chacune à leur niveau, ont déjà commencé à faire bouger les lignes.
Le véritable défi sera désormais de transformer cette rencontre en réseau durable et cette expérience en résultats concrets dans leurs pays respectifs.
Car derrière les 40 noms de cette première promotion se trouve une ambition beaucoup plus vaste : faire émerger une nouvelle génération de femmes capables de prendre toute leur place dans le leadership politique et la gouvernance en Afrique.