Le quartier de Koumassi Campement a plongé dans le chaos le mercredi 3 juin 2026. Ce jour-là, les bulldozers ont rasé une bande de terre de dix hectares. L’opération a transformé une communauté dynamique en un champ de ruines.
Une semaine après les démolitions, le traumatisme reste entier dans la cour de l’École BAD. Ce lieu sert désormais de point de ralliement pour les déplacés. Des familles entières s’abritent sous des arbres ou des bâches installées à la hâte. Sur place, des équipes médicales s’activent pour soigner les personnes affaiblies par cette soudaine précarité.
Le témoignage poignant des chefs et des résidents
Nana Afi Aka, un chef traditionnel de la communauté, exprime une profonde douleur. Il vit sur ce site depuis 1983. Le notable dénonce la brutalité de l’expulsion et l’absence totale de communication. Selon lui, les agents ont rasé sa concession sans aucune notification écrite préalable. Il n’a pas pu sauver les biens d’une vie.
Aujourd’hui, l’homme ne travaille plus. Ces cinq concessions détruites assuraient la survie de ses douze enfants. Le chef dort à présent dans le salon de son beau-fils. Il juge cette situation humiliante pour son statut. Face à ce drame, il implore l’intervention directe du chef de l’État. Il demande aussi le soutien des ambassades étrangères pour aider les familles.
Une crise humanitaire en pleine saison des pluies
Didier Kouamé, le porte-parole des sinistrés, partage ce sentiment d’injustice. Il qualifie l’opération d’inhumaine à cause du calendrier climatique. Le comité des sinistrés compte déjà plus de 1 000 personnes impactées. Les autorités ont dispersé ces familles sur onze sites d’accueil temporaires. De plus, ce drame perturbe les enfants en pleine période d’examens scolaires à grands tirages.
La solidarité citoyenne et les dons de vivres apportent un soutien immédiat. Cependant, le porte-parole estime que cette aide reste insuffisante pour reloger autant de foyers. Les familles craignent l’oubli après la fin du buzz médiatique.
Un imbroglio juridique autour des titres de propriété
Au-delà du drame social, l’affaire soulève de graves questions juridiques sur le droit de propriété en Côte d’Ivoire. Plusieurs résidents possèdent des Arrêtés de Concession Définitive (ACD) délivrés par l’État en 2013 ou en 2025. Ils présentent aussi des reçus d’impôts fonciers payés régulièrement.
Les victimes contestent donc la légitimité de l’opérateur privé à l’origine des casses. Cet homme a débuté son projet de lotissement en 2016, soit bien après l’attribution des premiers ACD. Les habitants pointent également du doigt des violations de la législation environnementale. L’opérateur a effectué des travaux de remblaiement alors que la loi interdit cette pratique.
Les autorités municipales de Koumassi expliquent que ce déguerpissement fait suite à une décision de justice. Un particulier a gagné un procès dans le cadre d’un conflit foncier privé. Malgré cela, les habitants dénoncent un bafouement de l’état de droit. Les familles de Koumassi Campement attendent désormais une réaction gouvernementale forte pour éclaircir les zones d’ombre de ce dossier.

