Les violences qui ont éclaté samedi 9 mai 2026 à Bôdô, dans la zone du PK108 à N’Douci, continuent de provoquer des réactions politiques. Dans un communiqué publié le 11 mai 2026, Ahoua Don Mello a dénoncé une gestion foncière qu’il juge injuste et dangereuse pour les populations rurales.
L’ancien candidat à la présidentielle ivoirienne de 2025 estime que la crise foncière à Bôdô trouve son origine dans l’application du décret n°2013-224 du 22 mars 2013 relatif aux indemnisations des droits coutumiers.
Une indemnisation jugée insuffisante
Selon le mouvement de Don Mello, les autorités appliquent dans la zone du PK108 un tarif de 1 000 FCFA le mètre carré pour compenser les terres concernées par le projet économique.
Le communiqué rappelle toutefois que le décret initial prévoyait un montant de 600 FCFA/m². Malgré cette revalorisation, Don Mello considère que les compensations restent largement insuffisantes face à la valeur réelle des terres.
Il souligne qu’un hectare de terre agricole, soit 10 000 m², rapporte entre 6 et 10 millions FCFA aux propriétaires coutumiers, tandis que les promoteurs pourraient générer des bénéfices estimés à plusieurs milliards de FCFA.
La terre présentée comme le dernier capital des populations
Dans son analyse, Don Mello insiste sur la situation sociale des habitants de la zone concernée. Le communiqué évoque notamment un taux de pauvreté de 37,5 % et un chômage structurel élevé.
Selon lui, la terre représente souvent le seul patrimoine des familles rurales. Il estime donc qu’un modèle de développement fondé sur des indemnisations faibles risque d’aggraver les tensions sociales.
Le document rappelle également une déclaration faite par Don Mello à Bangolo en 2025. À cette occasion, il affirmait que la terre ne devait pas être considérée comme une simple marchandise, mais comme le capital de base de nombreux Ivoiriens.
Deux propositions pour sortir de la crise foncière à Bôdô
Face aux tensions, le mouvement de Don Mello avance deux solutions principales.
À court terme, il demande l’ouverture de discussions directes entre les autorités et les propriétaires terriens afin de fixer des compensations plus proches de la valeur réelle des terres cédées.
À long terme, il propose la création d’un système d’actionnariat foncier. Ce mécanisme permettrait aux populations locales de bénéficier durablement des revenus générés par les projets économiques développés sur leurs terres.
Suspension des procédures et appel à des états généraux
Le mouvement réclame également la suspension immédiate des procédures basées sur le barème de 2013.
Par ailleurs, Don Mello appelle à l’organisation d’états généraux du foncier incluant les questions liées au foncier industriel. Selon lui, cette réforme devient indispensable pour prévenir de nouvelles tensions dans plusieurs régions du pays.
Le communiqué, signé par Ahile Fernand dit Léo, directeur de la communication du mouvement, affirme enfin que le succès du projet PK108 dépendra de la capacité des autorités à associer les populations rurales au développement économique plutôt qu’à les marginaliser.

