[TEMOIGNAGE]
Je m’appelle Jeanine.
Étudiante en licence d’Economie, dans une université réputée d’Abidjan. Une fille simple, sans histoires. J’ai 22 ans. J’aime les séries télé, les discussions profondes, les balades entre copines. Et comme toute jeune femme de mon âge, j’aime parfois discuter avec des inconnus sur les réseaux sociaux. C’est sur Facebook que je l’ai rencontré.
22 Novembre 2024. J’avais fait un post qui était devenu très viral. Et puis… il est apparu. Il a commenté et partagé mon poste, puis m’a écrit en privé. Son style était respectueux, doux, avenant. J’ai cliqué sur son profil. Il n’était pas totalement inconnu : on avait deux amis en commun. Rien d’alarmant donc.
Le soir venu, il m’a écrit sur Messenger. Un petit bonsoir. Une discussion calme, anodine. II m’a proposé qu’on passe sur WhatsApp. J’ai refusé. Mon instinct me disait d’attendre.
Le lendemain matin, il m’a envoyé une très belle photo de lui avec ce message : « Bon réveil, magnifique princesse. » J’ai juste répondu avec un emoji. Et je suis allée à l’école. Pendant trois jours, on échangeait des mots banals. II était courtois, drôle, parfois taquin.
Deux semaines après, il m’a redemandé mon numéro. Et cette fois, j’ai cédé. Je me disais : « Il ne m’a jamais manqué de respect. Il est peut-être bien. »
Une heure après, je reçois un transfert de 25.000 francs CFA. Aucune notification, aucun nom. Je ne savais pas d’où cela venait. C’est lui qui m’a appelé peu après : « Je voulais te faire un petit geste sans prévenir. Un cadeau sans bruit. »
Puis il a enchaîné avec une invitation : « Dis-moi, que fais-tu le samedi prochain ? J’aimerai bien t’inviter à manger dans un restaurant plein air à M’Badon. »
“Je me suis réveillée d’un seul coup (…) Je sentais des brûlures violentes dans mes parties intimes.”
Le samedi arrivé, je me suis préparée. Une robe simple. Pas de maquillage poussé. Une fille normale qui va manger un plat normal. J’ai pris un taxi pour me rendre sur les lieux. 15 minutes après, il était là. Il était élégant. Bien parfumé. Un sourire calme. Rien en lui ne trahissait la suite.
Tout se passait bien. À la fin, vers 21h30, j’ai dit que je voulais rentrer. Il a proposé de me déposer. Encore une fois, j’ai dit oui. Et c’est là que le piège s’est refermé et |’h0rreur a commencé.

Lorsque je suis montée dans la voiture, j’ai senti quelque chose. Mon corps devenait lourd. Mes yeux me brûlaient. Mon esprit se brouillait. Pourtant, je n’avais pas bu. Pas une goutte. J’ai juste murmuré une petite prière intérieure : « Seigneur, si quelque chose m’arrive, sauve-moi. » Et puis plus rien. Le noir total.
Je me suis réveillée d’un seul coup. Comme un sursaut. Il faisait jour. Je me suis assise. J’étais entièrement nue. Le lit sur lequel je me trouvais était maculé de mélanges de spermes et d’autres fluides. Je sentais des brûlures violentes dans mes parties intimes. Avant et arrière. Des douleurs inhumaines. Des sensations d’écorchures internes.
Je me suis levée d’un bond, couverte de honte, de petites gouttes de sang et de peur. J’étais dans un appartement meublé. Moderne. Mais sinistre. Autour de moi : des flacons de lubrifiant ouverts. Des sextoys de grande taille posés en désordre. Des capotes usagées. Des serviettes sales.
À côté de moi, un homme dormait, nu. Mais ce n’était pas lui. Dans la salle de bain, trois voix masculines chantaient sous la douche. Dehors, dans le salon, trois autres garçons fumaient de la chicha, en caleçon, en jouant à la console.
Personne ne m’a regardée. Personne ne m’a dit un mot. Ils m’avaient prise. Comme un objet. Un cadavre vivant. Je n’ai rien dit. Je me suis rhabillée lentement. Comme un fantôme. J’ai marché jusqu’à la sortie. Le portail était ouvert.
J’étais à Marcory Remblais. Je ne sais pas comment j’y suis arrivée. Il n’y avait aucune voiture qui ressemblait à celle de la personne avec qui j’ai eu le rendez-vous. Aucune trace de lui.
Je suis allée dans l’agence la plus proche. J’ai fait un retrait Orange Money. J’ai pris un taxi. À l’arrière du véhicule, je tremblais. Je saignais légèrement. Et je ne disais pas un mot.
Je suis rentrée chez moi, j’ai vomi. J’ai pleuré. Je suis restée sous la douche pendant 3 heures. J’ai frotté ma peau jusqu’à la brûler. Mais rien ne me rendait propre.
Quand j’ai voulu le contacter, il m’avait bloquée de partout. Facebook. WhatsApp. Numéro injoignable. Plus aucun signe.
Deux jours plus tard, j’ai retrouvé I’ immeuble. J’ai demandé. On m’a dit : « C’est une résidence meublée. Les gens viennent et partent chaque jour. Impossible de les retrouver. » Pas de caméra. Pas de registre précis. Juste le silence complice d’un lieu sans morale.
J’ai fait une déclaration à la police mais toujours rien jusqu’à présent. Depuis ce jour… Je n’arrive plus à dormir. Je n’arrive plus à manger. Je n’arrive plus à aimer. Je vis avec la peur d’avoir été filmée. Et je me demande combien d’autres filles avant moi… et combien après ?

