Ce n’est pas vraiment nouveau. Mais venant de la bouche d’une Charlotte Dipanda mariée à Fernand Lopez, coach de MMA, depuis bientôt trois ans, la déclaration a un goût particulier.
« Le mariage n’est pas une fin en soi », a-t-elle planté d’entrée sur son compte Facebook. Puis d’achever d’un trait : « Je le dis haut et fort. Dieu nous a créé pour accomplir une vision qui est supérieur au mariage. Ne baissez jamais vos standards pour rentrer dans les cases qu’on a choisies pour vous. Élevez-vous, soyez tous les jours la meilleure version de vous et soyez exigeante avec les gens que vous faites rentrer dans vos vies. Fuyez dès la première violence. Much Love ». Nous sommes le samedi 15 novembre.
Comme il fallait s’y attendre, depuis, le post a fait l’effet d’un slogan révolutionnaire : « Le mariage n’est pas une fin en soi ». Une maxime qui sonne comme un gospel moderne, mais qui, dans la pratique, ressemble davantage à une homélie cousue de contradictions. Car si la chanteuse veut porter l’étendard d’une liberté amoureuse sans carcan, la réalité — souvent cruelle, parfois comique — raconte autre chose.
Sous le post de l’artiste, ça vole dans tous les sens. On applaudit. On s’indigne. On brandit les poings d’accord. Mais, au cœur des vagues de réactions contradictoires qui balaient les côtes buzziennes des réseaux sociaux depuis, une question continue de flotter sur la marée, visiblement insubmersible : pourquoi toutes celles qui récitent ce mantra finissent-elles, à la première bague, à chialer plus fort qu’un gospel américain ?
De fait, ce paradoxe n’est pas nouveau. L’écrivain Oscar Wilde l’avait déjà annoncé avec sa cruauté poétique en écrivant que « L’homme est un animal irrationnel ». En 1957, un certain Léon Festinger l’avait théorisé en parlant de « la dissonance cognitive » : dire une chose, en croire une autre, agir à l’opposé. Et dans cette jungle affective du 21ᵉ siècle, certaines femmes incarnent à la perfection cette dissonance cognitive : proclamer le désintérêt du mariage tout en fondant en larmes à la moindre bague. Jurer que « la bague ne change rien » tout en devenant hystériques de joie quand l’homme (idéal) les demande en mariage.
Quand les slogans d’indépendance se heurtent au désir d’être choisie
Comme lorsque Serena Williams, icône de la femme indépendante, a affirmé « se suffire à elle-même », avant d’organiser un mariage à plusieurs millions de Dollars. Même Beyonce, prêtresse de l’indépendance féminine, avait juré que « le mariage n’est pas une validation » … avant de livrer une cérémonie digne d’une superproduction hollywoodienne. Idem avec Rihanna, chantre de la femme “badgal” indemne de contraintes, qui affichait un sourire d’enfant lors de sa propre maternité en duo avec son compagnon ASAP Rocky.
Ou encore Miley Cyrus, qui chantait la liberté totale, avant de se marier puis divorcer dans un tourbillon de contradictions. Madonna elle-même, apôtre du « je n’ai besoin de personne », s’est mariée deux fois. Jennifer Lopez, égérie du « je suis complète seule », a fait quatre mariages — quatre ! — comme on renouvelle un abonnement premium de Canal+. Même Oprah Winfrey, qui jure que « le mariage ne l’intéresse pas », vit depuis 40 ans en couple stable. Contradiction ? Non. Simple humanité.
Horloge biologique, pression sociale : la course invisible des femmes de 30 ans
En réalité, dans l’ombre de ces mots flamboyants d’anti-mariagisme, se cache une vérité implacable : oui, pour la majorité des femmes, le mariage reste une finalité psychologique, sociale et intime. Pas un trophée, mais un refuge. Un repère. Une validation émotionnelle. Et surtout… une course contre la montre biologique.
Aujourd’hui, d’Abidjan à Lagos en passant par Kinshasa, Douala, Libreville, Accra…même dans les plus petites villes de l’intérieur, les jeunes femmes de 18 à 25 ans forment une génération redoutable : jolies, fougueuses, hypersexuées, décomplexées, cette brigade de fraîcheur sans pitié séduit et conquière les hommes comme un marché financier. Reléguant les trentenaires à une lutte silencieuse pour “se caser avant qu’il ne soit trop tard”.
Entre l’horloge biologique qui ne négocie pas et les pressions sociales, la grande majorité des femmes de la trentaine révolue vivent le mariage comme un dernier train qu’il ne faut surtout pas rater. Car après 30 ans, dans la jungle sentimentale, les chances diminuent. Elles deviennent des “succès oubliés”, évincées par les jeunes prodiges du charme.

La solitude : cette compagne silencieuse
Une femme seule, même forte, même hautement diplômée, même indépendante, n’échappe pas au manque affectif. Le célibat prolongé est une épreuve psychique qui la rend vulnérable aux tempêtes de la vie. Elle sollicite plus d’aide qu’elle ne veut l’avouer, devient une proie rêvée pour les gigolos, et ses colères lunatiques sont souvent le cri étouffé d’un cœur en manque de présence masculine. L’absence d’homme n’est pas un drame, mais un vide réel pour beaucoup. La femme mariée, elle, bénéficie du parapluie invisible du “mari”, même absent : une forme de protection sociale instinctive.
Au royaume de l’instinct féminin, l’hypergamie est reine. Une femme peut dire mille fois que le mariage n’a aucune importance. Mais si l’homme qui coche toutes ses cases — protecteur, stable, séduisant, ambitieux, compagnon — décide de l’épouser, son discours change immédiatement. Aucune femme ne refuse sa meilleure option. Et le théorème « Le mariage n’est pas une fin en soi » se dissout instantanément, comme du sucre dans du thé chaud.
Entre théorie et émotion : l’homme “idéal” fait toujours basculer le discours

Même Charlotte Dipanda, pourtant apôtre du discours anti-pression matrimoniale, n’avait pas refusé le mariage lorsqu’elle a rencontré son ‘’option idéale’’ : Fernand Lopez. D’ailleurs, répondant aux « indignées » de son post, elle avoue qu’elle s’est mariée à son Fernand Lopez, « parce qu’il cochait la plupart de [ses] cases ».
Au final, la théorie s’efface toujours devant l’émotion. Nombreuses sont les célébrités qui scandent l’indépendance sentimentale… tout en succombant à la magie d’une robe blanche. Le mariage ? Une fin en soi ? Peut-être pas. Mais pour les femmes, c’est très souvent un horizon naturel. Un rêve qu’elles veulent nier… jusqu’à ce qu’un homme l’allume. Car, entre ce qu’on dit… et ce qu’on vit… il y a tout un monde. Et dans ce monde, le mariage reste, chez beaucoup de femmes, un aboutissement naturel — qu’elles l’avouent ou non.
Réalisée par Ameday KWACEE


