De nombreux couples vivent une relation tolyamoureuse, souvent sans s’être jamais mis d’accord ouvertement sur le sujet. De fait, le concept même de ‘’tolyamour’’ est méconnu. Pourtant, il s’agit probablement de la forme la plus commune de non-monogamie, si l’on s’en tient aux témoignages et confidences recueillis auprès d’hommes et de femmes régulièrement en couple.
Tolyamour : quand l’infidélité devient un arrangement tacite
Dans bon nombre de couples, ce type de relation se met en place de façon tacite, sans qu’il y ait vraiment de discussion à ce sujet ou d’accord passé entre monsieur et madame. Le terme tolyamour est la fusion de « tolérance » et de « polyamour ». Il s’agit d’un type de relation non-monogame dans lequel les deux conjoints sont informés de la présence d’autres partenaires. Une sorte de ‘’co-épouse’’ officieuse pour les femmes officiellement au foyer. Une sorte de ‘’co-époux’’ pour les hommes qui sortent avec une femme officiellement en couple, mais ayant décidé de mener une double vie secrète avec son amant. Ici l’amant est informé de l’existence du mari qui, en revanche, ignore tout de l’autre.
Dans le cas des couples dits ‘’polyamoureux’’ par exemple, il y a eu des discussions en amont et tout le monde est d’accord pour la présence d’autres partenaires. Aussi bien chez l’homme que chez la femme.
Mais dans le cas du tolyamour, l’un ou les deux conjoints vont être au courant des infidélités de l’autre et les « tolérer », bien souvent sans qu’il n’y ait eu la moindre conversation à ce sujet. Les confidences d’hommes et de femmes vivant ce type de relation démontrent que ces cas sont plus courant qu’on ne le croit dans la cité.
Une tolérance assumée… mais jamais avouée
Concernant les partenaires tolyamoureux, il faut noter que l’un des partenaires, généralement la femme, s’échine à fermer les yeux sur les infidélités passagères ou même les liaisons extra-conjugales de son mari après des années de mariage. Pour supporter la situation, la plupart d’entre elles se concentre plutôt sur les points positifs de leur vie conjugale, la façon dont le mari démontre son engagement et son amour à la maison, malgré tout. Sans oublier toutes ces nombreuses autres façons de l’homme de compenser ou de rendre tolérable l’infidélité qu’il commet avec son « deuxième bureau ».
Ces femmes tolyamoureuses ne sont ni imbéciles ni dupes. Elles ne sont pas à plaindre non plus : elles savent bien pourquoi elles se sont engagés et ont fait la paix depuis longtemps avec ce qu’elles vivent. Elles ont décidé de l’accepter – dans une certaine mesure –, de s’y réconcilier, de le tolérer. Et ça marche.
En clair, le tolyamour est un genre de relation où l’un ou les deux membres d’un couple officiellement monogame ferment les yeux sur la relation parallèle que le partenaire a – ou a eu – avec quelqu’un d’autre, dans l’objectif de maintenir leur relation. L’un ou les deux tolèrent ou supportent le comportement non-monogame de leur partenaire, mais ne l’approuvent pas ouvertement.
Le tolyamour, un style de relation très courant
Dans la pratique, même au-delà du continent africain, le tolyamour est un genre de relation amoureuse bien commun. A l’image de bien de couples célèbres comme Hillary et Bill Clinton, où l’infidélité a été rendue publique – et qui sont pourtant restés ensemble comme un « couple socialement monogame » plutôt que de se séparer ou de devenir complètement polyamoureux et d’assumer ouvertement le fait d’avoir d’autres partenaires.
Mais pourquoi le tolyamour est-il aussi répandu ? Dans la grande majorité des cultures en Afrique, la monogamie à vie semble être une équation difficile à tenir. Cependant face aux pressions de la modernité et de la religion – le christianisme notamment – le tolyamour se pratique dans la discrétion afin de permettre aux couples de garder la face, et de maintenir en public une monogamie apparente.
. Entre culture, religion et dépendance économique : les vrais moteurs du tolyamour
De fait, dans les sociétés – comme en Afrique – où l’égalité entre les sexes est moins avancée, on a tendance à avoir des doubles standards en ce qui concernent les attentes : on attend des femmes qu’elles tolèrent les infidélités de leur mari, tout en restant fidèles et donc monogames. Enfin, il faut compter aussi avec le statut économique de la personne qui tolère les écarts de son conjoint.
Par exemple, quand une femme est économiquement dépendante de son homme, elle est plus à même de « tolérer » l’infidélité à sens unique, parce que l’alternative – le quitter et se retrouver célibataire – est pire. Cependant, dans les sociétés plus progressives comme en Occident, les femmes ferment rapidement « l’écart d’infidélité », ce qui signifie, ironiquement, que chacun des deux conjoints a un risque plus égal de terminer dans une relation tolyamoureuse, s’il osait franchir le pas. Quoique…
Par Ameday KWACEE


