La Tanzanie, pays de 68 millions d’habitants, est secouée par une violence sans précédent depuis le mercredi 29 octobre 2025, jour des élections présidentielle et législatives. Selon le principal parti d’opposition Chadema, environ 700 personnes ont été tuées lors des manifestations contre le gouvernement, alors que le pays reste sous un black-out Internet imposé par les autorités.
Des manifestations meurtrières après un scrutin contesté
La capitale économique Dar es Salaam a été le théâtre de tirs nourris, de rassemblements massifs et d’incendies, dont celui d’un commissariat, selon des témoins. Les violences se sont ensuite étendues à d’autres villes, notamment Mwanza, dans le nord du pays.
« Au moment où nous parlons, le nombre de morts à Dar est d’environ 350 et il y en a plus de 200 à Mwanza », a déclaré John Kitoka, porte-parole de Chadema. Les chiffres provenant d’autres localités complètent un bilan total de près de 700 victimes.
Un contrôle strict de l’information
Avec Internet largement bloqué, la collecte de données sur les victimes est extrêmement difficile. Plusieurs hôpitaux ont refusé de communiquer des informations, et Amnesty International a signalé au moins 100 décès confirmés en deux jours, ajoutant que les forces de sécurité « contrôlent la narrative » pour limiter la diffusion des chiffres.
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté les forces de sécurité à éviter toute force disproportionnée.
Des élections marquées par l’exclusion de l’opposition
La contestation vise la présidente Samia Suluhu Hassan, en lice pour un mandat électif après avoir succédé à John Magufuli en 2021.
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Les principaux partis d’opposition ont été emprisonnés ou disqualifiés.
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Le parti Chadema a été exclu et a appelé au boycott du scrutin.
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À Zanzibar, le parti au pouvoir CCM a remporté les élections locales, mais le parti ACT-Wazalendo, arrivé second, a dénoncé un scrutin volé.
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Des accusations de bourrage d’urnes, votes multiples et expulsion d’observateurs électoraux ont été formulées.
Une répression dénoncée par Amnesty International
En amont du scrutin, Amnesty International avait alerté sur une « vague de terreur », marquée par des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires, alimentant la défiance envers le processus électoral.
La Tanzanie traverse une crise politique et humanitaire majeure, avec un bilan humain tragique et des accusations d’élections manipulées. Les appels internationaux à la retenue et à la transparence restent pour l’instant sans effet, alors que des centaines de manifestants continuent de défier l’autorité dans les rues malgré les restrictions et la répression.

