Depuis quelques années, le fantasme du gros pénis – communément appelé »bazouka » – s’impose comme un véritable phénomène de société en Côte d’Ivoire. À Abidjan, nombreux sont les hommes qui rêvent d’un sexe hors norme, convaincus qu’il serait la clé d’une vie sexuelle épanouie et la preuve ultime de leur virilité. De nombreux commerçants qui ont flairé le filon depuis, s’attèlent à proposer via les réseaux sociaux, des produits censés allonger et épaissir le 5è membre. Mais un gros pénis est-il réellement un argument décisif dans la vie amoureuse et sexuelle ?
Un membre à la Rocco Siffredi, célèbre acteur de films pornographiques : l’image fait rêver. Pourtant, selon les spécialistes de la sexualité, la réalité est tout autre. Chercher ou fantasmer un sexe démesuré relèverait davantage d’un besoin de réassurance infantile, comme si le pénis pouvait, à lui seul, devenir une machine automatique à donner et recevoir du plaisir, sans effort, sans imagination, sans engagement.
En réalité, ce qui inquiète le plus les hommes aujourd’hui, ce n’est pas la taille… mais la panne. La sexualité contemporaine est largement centrée sur l’érection : pour la femme, elle serait la preuve d’être désirable ; pour l’homme, celle de sa capacité à satisfaire sa partenaire. Peu importe d’expliquer que la longueur ou le diamètre d’un pénis n’ont aucun lien avec la qualité de l’érection : le fantasme du gros sexe, perçu comme un rempart contre l’échec, reste solidement ancré dans les esprits.
Dans l’imaginaire collectif, notamment chez de nombreux hommes interrogés dans les rues d’Abidjan, un « vrai garçon » tire sa performance sexuelle de la puissance supposée de son sexe, bien plus que de son intelligence érotique.
Cédric G., 34 ans, informaticien au Plateau, l’avoue sans détour :
« Quand ma copine me fait des compliments sur mon sexe, ça me rassure énormément. Ça me donne confiance en moi. »
À l’inverse, Sévérin G., 43 ans, se dit plus inquiet :
« J’aimerais avoir un sexe un peu plus consistant. Je me dis que ce serait sûrement plus agréable pour ma femme, qu’elle ressentirait plus de choses. »
Derrière cette obsession se cache une peur profonde : celle de ne pas satisfaire les femmes. Beaucoup d’hommes redoutent le rejet, voire l’infidélité, s’ils n’arrivent pas à conduire leur partenaire à l’orgasme. Ils se perçoivent comme les seuls responsables de l’éventuelle insatisfaction sexuelle du couple.
Il est vrai que, de plus en plus, les femmes revendiquent leur droit au plaisir. Elles veulent jouir, et n’hésitent plus à l’exprimer. Mais cette pression, selon les sexologues, fragilise les hommes et nourrit de nombreux malentendus. Certes, beaucoup de femmes fantasment sur un sexe masculin « puissant ». Mais, comme le rappellent les spécialistes, « puissant ne signifie pas énorme ». Il s’agit avant tout de confiance en soi, de savoir-faire, d’écoute, d’une forme d’audace sensuelle.
« Se sentir comblée est une sensation profondément subjective, liée à l’histoire personnelle et à l’inconscient de chaque femme », explique la sexologue Mireille Dubois-Chevallier.
Par nature, le fantasme varie d’un individu à l’autre. De même que les pénis diffèrent en longueur et en volume, les vagins varient en largeur et en profondeur. Les sensations et les perceptions ne peuvent donc être universelles. Une chose est pourtant certaine : la taille n’est pas une garantie de plaisir.
Les données scientifiques indiquent que la taille moyenne du pénis au repos se situe entre 7 et 11 cm, et entre 12 et 16 cm en érection. L’immense majorité des hommes se situe dans cette norme. Et contrairement aux idées reçues, un sexe très volumineux est souvent source d’inconfort : douleurs, rapports difficiles, voire impossibles pour certaines femmes. Les témoignages féminins abondent dans ce sens.
Pour les sexologues, la clé d’une sexualité épanouie ne se trouve ni dans la démesure ni dans la performance, mais dans l’imaginaire, la sensualité, la créativité et l’attention portée à l’autre. La réalité est bien loin des films X. Et vouloir devenir une « sexe-machine » conduit plus souvent à l’angoisse qu’au plaisir partagé. Quoique…

