Trop petits, trop gros, douloureux, gonflés, distendus, fuyant, en poire, alors qu’elles les auraient aimés en forme de pomme… Peu de femmes aiment leurs seins. Beaucoup d’entre elles racontent qu’elles pleurent en les regardant dans leur salle de bain, le soir.
Difficile pour les femmes d’accepter que cet attribut de leur sexe se modifie autant au fil des ans. Mais pourquoi entretiennent-elles un rapport aussi ambivalent et fort avec eux ? Pour les psychanalystes, les seins sont la marque de la féminité. Ils sont un signe de maturité et de séduction, mais aussi un symbole de l’insatisfaction de la femme par rapport à son propre corps : le sein n’est jamais assez beau ni assez réconfortant parce qu’il ne correspond pas à l’idéal que, petite fille, on s’est forgé. Les femmes ne naissent pas avec leur poitrine, qui reste, longtemps virtuelles pour elle. Elles la rêvent pendant des années. D’où un décalage avec la réalité. Et quand l’adolescente arrive, c’est parfois le choc.
Monique Ayoun, journaliste et écrivaine, auteure d’un drôle et joli livre sur ses seins, se souvient du traumatisme lorsque ces derniers ont poussé : « J’avais 11 ans et demi. Au départ, je n’étais pas mécontente, mais ils ont été trop loin. Ils étaient très opulents et j’avais l’impression de disparaitre derrière eux. J’en ai été très complexée. Heureusement, ma mère qui avait vécu la même situation, m’a entourée, aidée à assumer. Elle m’a emmenée à choisir mon premier-gorge, m’a expliqué comment entretenir mes seins, me disait que j’étais belle. »
Monique assume aujourd’hui fièrement une très belle poitrine que le temps n’a pas encore abimée. Elle rend grâce à l’œil maternel, qui joue un rôle clé, confirment les psychanalystes, dans les rapports aimants ou difficiles que les femmes cultivent avec eux.
Ravissante, trentenaire, Nicole, elle, se souvient d’une parole très différente : « Un jour, alors que je me penchais vers l’avant, ma mère m’a dit : ‘’Tiens, on dirait des pis de chèvre ». Cette remarque apparemment anodine a flingué Nicole.
Mais le plus grave dans l’affaire, c’est que les regards des mères, des proches et des hommes, les représentations culturelles et symboliques dont leurs seins font l’objet échappent aux femmes. Elles n’ont pas de prise sur ce signe extérieur de leur identité. Il n’y a pas d’entre-deux : soit ils sont assimilés à des objets érotiques, soit à la maternité et à l’allaitement. Comment alors nouer un lien paisible avec eux ? Affaire à suivre…
Chiara, une masseuse qui dispense la formation créée par Valérie Supper, voit défiler beaucoup de femmes bloquées : « La poitrine est à la fois un tabou et un cliché. Elle est dotée d’une dimension sexuelle, qui peut même être vulgaire et sale. D’où la difficulté à s’en approcher. Or, c’est nécessaire : le corps n’est pas un objet dont on peut changer les pièces quand elles sont cassées. Nous devons en prendre soin. Et pour se réapproprier sa féminité, pour accepter cette zone si sensible et l’embellir, rien de plus efficace que de la toucher, en optant pour des gestes de bien-être simples, dénués de toute connotation sexuelle ou médicale. »
Dans son atelier, Valérie Supper propose différentes exercices d’automassages. Leur objectif ? « Insuffler la vie, de la conscience dans la poitrine. Pour l’assumer et la faire rayonner, mais également parce qu’un organe dont nous nous soucions se défend mieux contre les agressions potentielles. »
Parmi les mouvements proposés, deux peuvent être pratiqués quotidiennement sous la douche, dans son bain ou juste après.
Le premier geste permet de drainer la lymphe et stimuler doucement la circulation sanguine : placer une main sous le sein qui lui est opposé, puis dessiner un huit couché en passant d’un sein à un autre et en massant leur galbe.
Le second consiste en un pétrissage doux, pour activer la circulation : de la main opposée au sein, se saisir de tout son galbe ; le masser doucement dans tous les sens, puis le faire rouler sur le muscle pectoral dans des mouvements amples et circulaires, trois fois dans chaque sens.
Recommandations de Chiara : « Il ne faut pas être timide dans le toucher, mais se saisir des seins avec une main pleine, douce, englobante. Les doigts sont indiqués pour malaxer les points douloureux, au niveau du muscle pectoral, par exemple. »
Valérie Supper préconise de « commencer par des efleurements avant de gagner en profondeur. Les huiles sont plus recommandées que les crèmes, car elles contiennent des acides gras essentiels grâce auxquels la peau maintient son taux d’hydratation. N’oublions pas que c’est elle qui tient nos seins et qu’en les touchant, nous leur redonnons une forme ». Ils prennent ainsi une consistance, permettent aux femmes de se les réapproprier physiquement et de les faire tout à fait leurs. Loin des clichés.
A. KWACEE




