Mais pourquoi les femmes entretiennent-elles toujours un rapport aussi »difficile » et fort avec leurs poitrines ? « Les seins sont la marque de la féminité. Ils sont un signe de maturité et de séduction, mais aussi un symbole de l’insatisfaction de la femme par rapport à son propre corps : le sein n’est jamais assez beau ni assez réconfortant parce qu’il ne correspond pas à l’idéal que, petite fille, nous nous sommes forgé. Les femmes ne naissent pas avec leur poitrine, qui reste longtemps virtuelle pour elles. Elles la rêvent pendant des années », éclaire Hélène Parat, une spécialiste du sujet. D’où le décalage avec la réalité qui ne manque jamais de »déranger » les concernées.
A ce propos, Monique Ayoun, journaliste et écrivaine française, auteure d’un joli livre sur ses seins, raconte son choc lorsque ces derniers ont poussé : « J’avais 11 ans et demi. Au départ, je n’étais pas mécontente, mais ils ont été trop loin. Ils étaient très opulents et j’avais l’impression de disparaître derrière eux. J’en ai été très complexée. Heureusement, ma mère, qui avait vécu la même situation, m’a entourée, aidée à assumer. Elle m’a emmenée choisir mon premier soutien-gorge, m’a expliqué comment entretenir mes seins, me disait que j’étais belle et tout… » Monique assume aujourd’hui fièrement une belle poitrine que le temps n’a pas (encore) abîmée. Elle peut rendre grâce à l’œil maternel qui, dit-on, joue un rôle clé dans le rapport aimant ou »insatisfait » que les femmes cultivent avec leurs seins.
Ravissante trentenaire, porteuse d’un balcon remarquablement »alléchant », Clarisse Fodjo n’a pas eu cette »chance » : ‘‘Un jour, parce que j’avais oublié de faire sa commission, ma tante chez qui je vivais, m’a lancée, en colère : »avec tes seins on dirait des pis de chèvre-là ! » Je n’avais que 13 ans et je crois que cette remarque m’a bousillée… » Depuis, n’en déplaise à son chéri qui voue un quasi-culte à ses seins et ses copines qui ne cessent de chanter qu’elle a »une poitrine à tuer », Clarisse ne sait toujours pas à quel… »sein » se vouer.
Mais qu’à cela ne tienne ! Aucun homme »normal » n’est censé rester indifférent aux… lolos, dit-on. Et pour cause : les seins ne renvoient-ils pas à notre petite enfance, à notre besoin d’être comblés ? Gros, bien ‘’présents’’ ou carrément ‘’lolos’’, ils apparaissent ‘’inépuisables’. Comme une source de réconfort et de sécurité dans leur capacité à nous remplir. À cette dimension »maternelle », il faut ajouter la dimension sexuelle : les hommes, toujours curieux du sexe féminin si bien caché, sont rassurés par ces »papayes solos », dardés dans des tenues moulantes ou mi- dévoilés dans des décolletés pigeonnants. Sans oublier que le »volume » a cela de chic qu’il certifie, à vue d’œil, que ces seins-là, on peut les prendre, les manipuler, aisément et à souhait !
Ces gros seins-là soulèvent sa crainte de ne pas être à la hauteur
De leur côté, les femmes, qui, elles aussi, trimballent quelques doutes face à leur sexe à l’apparence si discrète qu’elle ne le voit pas vraiment elles-mêmes (à moins d’utiliser un miroir), réalisent le pouvoir que leur donne leur poitrine volumineuse et en font donc un atout de séduction. Cependant, au-delà des lois de la nature, selon leur histoire personnelle, les hommes ne seront pas tous attirés pour les gros seins. Selon les spécialistes du sujet, si dans son enfance, Monsieur a perçu sa mère comme »étouffante » ou »envahissante », les gros seins, dans ce cas, lui rappellent inconsciemment, la douloureuse différence entre la toute-puissance de sa mère et sa dépendance de petit garçon faible. Si en plus, Monsieur est du genre complexé, pas très sûr de lui-même, il faut s’attendre à le voir préférer sa partenaire en manque (de sein), pour pouvoir la combler de sa virilité à lui. Ainsi, il n’entrera jamais dans le cercle des amateurs de lolos. Parce qu’inconsciemment, ces gros seins-là sont alors sources d’anxiété pour lui. Et ce, pas forcément parce qu’ils sont débordants, mais parce que, inconsciemment, ils soulèvent sa crainte de ne pas être à la hauteur. De ne pas pouvoir les »maîtriser », les »contrôler ». De même, il peut percevoir les femmes »lolotypées » comme agressives, faisant de leurs seins des objets de rivalité avec l’homme. Et puis, en dardant leurs lolos dans des tenues moulantes ou décolletées, ces femmes ne montrent-elles pas qu’elles aussi ont de puissants attributs sexuels ? Résultat : plus ils sont »présents » et imposants, plus ils peuvent faire peur à Jules. Qui, bien entendu, résumera ses craintes intérieures par un « moi, j’aime pas les gros seins » bien appuyé.
Par ailleurs, ne l’oublions pas : ce qui rappelle le maternel n’est pas toujours synonyme d’érotisme pour Jules, loin s’en faut ! Et puis, lors des préliminaires, les hommes prennent souvent plaisir à titiller les seins, les mordiller, les téter… Et ils peuvent se trouver surpris d’être soudain dans la position d’un nourrisson enfoui dans cette poitrine généreuse. Sans oublier que certaines femmes ont elles-mêmes horreur de ce »jeu », ayant l’impression de nourrir un bébé, et non de faire l’amour avec un homme. Quoique…

