Dans la cour du lycée, entre deux cours de maths et un match de foot improvisé, les discussions tournent souvent autour des « couples du moment ». Certains s’affichent sans gêne, d’autres se cachent. À 15, 16 ou 17 ans, beaucoup disent vivre « leur premier grand amour ».
Mais quand on leur demande s’ils savent ce qu’est la protection, les réponses varient : « Oui, un peu », « Je sais, mais je n’aime pas ça », « Elle prend des trucs, je crois… ».
Le constat est clair : l’amour adolescent est sincère, mais souvent mal informé.
L’amour, c’est aussi de la responsabilité
Selon un rapport du ministère de l’Éducation nationale (2024), plus de 3 000 cas de grossesses en milieu scolaire ont été enregistrés en Côte d’Ivoire, dont la majorité chez les élèves de 4e à la Seconde.
Derrière ces chiffres, il y a des histoires de confiance, de naïveté ou de peur. Beaucoup de jeunes filles reconnaissent ne pas oser parler de contraception, de peur d’être jugées. Les garçons, eux, pensent parfois que la protection « gâche le plaisir ».
« Mon copain disait qu’il m’aimait trop pour me faire du mal. Je le croyais. Je suis tombée enceinte à 16 ans », confie Mariam, élève à Bouaké.
L’amour n’est pas en cause, mais le manque d’information et de communication. Apprendre à se protéger, c’est une preuve d’amour, pas de méfiance.
Les mythes ont la vie dure
Beaucoup d’adolescents croient encore à des idées fausses :
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« On ne peut pas tomber enceinte la première fois »
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« Si on se lave après, il n’y a pas de risque »
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« Les préservatifs, c’est pour les grands »
Ces croyances, souvent véhiculées entre pairs, sont dangereuses. D’après les médecins scolaires, les préservatifs restent la seule protection efficace contre les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles (IST).
Les éducateurs sonnent l’alerte
Pour Mme Kouassi, conseillère d’éducation à Abidjan, « il faut parler de sexualité sans tabou, avec des mots simples, adaptés aux jeunes ».
Des clubs de santé scolaire et des ONG comme RAES ou Amour, Vie & Santé multiplient les campagnes de sensibilisation dans les lycées, avec des jeux, des vidéos, et des discussions ouvertes sur la contraception et le consentement.
« Aimer, c’est aussi savoir dire non, attendre, ou se protéger ensemble », insiste un éducateur du programme “École sans grossesse”.
L’amour éclairé, un choix pour l’avenir
La sexualité n’est pas un danger en soi, c’est le silence qui l’entoure qui l’est.
Les ados ivoiriens méritent d’avoir les bons outils, les bons mots et la bonne information pour aimer sans se détruire.
Aimer, c’est se respecter soi-même et respecter l’autre.
Aimer, c’est se protéger.

