L’esplanade du foyer des jeunes a refusé du monde en milieu d’après-midi. Dès 15 h 30, toutes les composantes sociales de cette localité de l’axe Abidjan-Agboville ont convergé vers le meeting de protestation. Le collectif des jeunes a orchestré ce grand rassemblement pour dénoncer une situation socio-politique totalement gelée. Durant trois heures d’horloge, l’ambiance est restée particulièrement électrique sous les bâches. Les leaders communautaires se sont succédé au micro pour fustiger le statu quo actuel. La foule a manifesté son indignation face aux promesses non tenues qui devaient initialement régler le conflit au lendemain de la présidentielle de 2025.
Une fracture générationnelle et géographique profonde
Cette crise de chefferie à Thomasset met en lumière un mode de gouvernance fortement contesté par la base. La colère des femmes cible directement l’éloignement physique de M. Kourahi Bertin. Les contestataires lui reprochent de piloter le village à distance depuis son domicile d’Abobo-Akéikoi. Pour les résidents, cette absence prolongée crée un vide administratif préjudiciable au développement local. Les jeunes partagent également ce rejet d’un règne qui dure depuis près de trente ans. Ils estiment que la gestion courante de la communauté ne peut plus s’accommoder d’un exil géographique volontaire du garant des coutumes.
Le patrimoine foncier au cœur de la discorde
Au-delà de la querelle de légitimité, la bataille pour le contrôle des terres attise les rancœurs. Le conseil des sages accuse la chefferie sortante d’avoir déconstruit l’héritage du doyen Larba. Ce fondateur historique avait pourtant sanctuarisé l’organisation spatiale du village grâce à un lotissement approuvé en mars 1980. Les notables dénoncent un vaste projet de remorcellement sauvage initié depuis l’année 2015. Ce plan révisé affecte désormais des espaces d’utilité publique majeurs. Le terrain de football local et les abords du foyer des jeunes subissent ainsi des amputations foncières qui lèsent directement la jeunesse.
Les autorités face au spectre de l’affrontement
L’appareil administratif local peine à ramener la sérénité malgré l’arbitrage régulier du sous-préfet d’Anyama. Les tentatives de transition pacifique se heurtent systématiquement à des veto institutionnels ou juridiques. Une première procédure de destitution avait avorté en 2025 suite à une suspension administrative. Plus récemment, les 7 et 8 février 2026, l’intervention musclée de la gendarmerie et de la police nationale a douché les espoirs de désignation d’un nouveau guide. Le chef intérimaire Kouman Yeboua a clos le meeting à 18 h 30 en appelant au calme. Le village retient son souffle et attend une décision préfectorale d’urgence pour préserver la paix.

