J’ai bientôt 29 ans, et lorsque j’en avais 24, mon compagnon m’a demandé en mariage. Nous étions en train de vivre notre meilleure vie en couple dans la capitale politique de la Côte d’Ivoire. J’étais amoureuse de lui, c’était mon meilleur ami, ma moitié, mon tout. Jamais il ne m’était venu à l’esprit que nous pourrions un jour nous retrouver à trois. Je n’en avais jamais parlé, même pas à ma meilleure amie, même pas à ma sœur, à personne. Je n’avais jamais évoqué le désir d’être mère et surtout, je n’en avais pas l’envie.
Avoir envie
J’appuie bien sur ce mot, car ce n’est pas un “besoin” non plus. Combien de femmes qui sont aujourd’hui mamans et que je côtoie me disent qu’elles avaient le “besoin” d’être mères ! Ce besoin viscéral d’être une maman accomplie, d’avoir une petite tribu de chérubins et d’être enfin épanouie dans leur vie. Comme si c’était leur but ultime.
Personnellement, tapie dans l’ombre, je me taisais, je hochais la tête en disant ô combien je comprenais leur besoin tout en réalisant peu à peu que je n’avais pas besoin d’un enfant. Et que je ne ressentais pas l’envie d’être mère. Cependant, j’avais besoin de trouver un travail fixe et j’avais envie de faire carrière. Chose complètement égoïste pour mes amies.
J’ai trouvé le job de mes rêves à Abidjan. J’ai bossé dur pour y parvenir et je suis le bras droit de mon patron aujourd’hui. J’ai fait passer mon travail avant tout le reste, quitte à passer pour la carriériste de services, la fille matérialiste par excellence, qui veut acheter plutôt que de pouponner. Et franchement, je ne le regrette pas.
Pourtant, après m’être séparée de mon compagnon en 2019, quelques mois avant notre mariage, j’ai reçu des réflexions qui me sont revenues en pleine figure.
Faire un enfant pour sauver notre couple
On m’a suggéré de faire un enfant pour sauver notre couple. Comme si le fait d’être parents allait prendre l’ascendant sur notre couple et régler tous les problèmes que nous avions. J’ai trouvé cette idée tellement inappropriée et idiote, que j’en ai rigolé sur le coup. Pour finalement réaliser que dans l’esprit des femmes qui m’entouraient, l’enfant était la clé du bonheur conjugal.
Je ne conçois pas l’enfant comme un pansement vis-à-vis d’une relation qui flanche. On ne fait pas un enfant pour faire plaisir à l’autre, on ne fait pas un enfant parce que “l’horloge biologique tourne”, on ne fait pas un enfant pour les autres, mais pour soi avant tout.
Et si moi, ma perception de la vie, c’était aimer mes semblables, ma famille, l’enfant de mon conjoint, sans pour autant ressentir le souhait d’être maman… Aimer l’enfant de l’autre plutôt que d’en avoir un, un à moi… Était-ce si dur à lire ou à entendre ?
Aujourd’hui je vis avec quelqu’un d’autre, qui a bien remarqué que je n’étais pas en phase avec cette idée de maternité. Et il l’accepte très bien. J’entends malgré tout des gens me dire que « ça viendra », ou bien « tu es jeune, mais dans 4/5 ans tu auras envie »…
Aimer l’enfant de l’autre plutôt que d’en avoir un, un à moi… Était-ce si dur à lire ou à entendre ?
Et si je ne change pas d’avis, vais-je vivre malheureuse ? Ou serai-je une femme condamnée à être regarder de travers pour mes propos abjects ? (Oui oui, on m’a déjà dit ça).
Je préfère vivre comme je l’entends, avec mes propres convictions, sans chercher à plaire aux autres, mais en assumant mes choix. Parce qu’un enfant qui n’existe pas vaut mieux qu’un enfant non désiré.
Selon moi.
Et je sais que je ne suis pas la seule à dire tout haut ce que l’indicible nous oblige à penser tout bas.
« J’ai fait le choix de faire passer ma carrière avant mon désir d’enfant et j’assume, même si ça n’est pas facile tous les jours ».

