2 500 policiers mobilisés contre le Comando Vermelho
L’opération, présentée comme la plus vaste jamais menée contre le Comando Vermelho (Commando Rouge), visait à affaiblir ce groupe criminel qui règne sur plusieurs favelas du nord de Rio. Plus de 2 500 agents ont été déployés mardi dans les complexes de Penha et Alemão, appuyés par des blindés et des hélicoptères.
Les autorités affirment avoir interpellé 113 suspects et saisi un important arsenal d’armes. Mais sur le terrain, le spectacle était celui d’une hécatombe. Des habitants ont transporté des dizaines de corps retrouvés dans une forêt au sommet de la favela avant de les déposer sur une place du Complexo da Penha. “L’odeur de la mort était insoutenable”, rapporte un journaliste de l’AFP.
Plusieurs témoins accusent la police d’exécutions sommaires. “Ils sont venus directement pour tuer. Ce n’était pas une opération, c’était un massacre”, a crié une femme, les larmes aux yeux, devant le corps de son fils recouvert d’un drap vert.
Colère et indignation au Brésil et à l’étranger
Mercredi, la colère montait dans tout le pays. Des militants des droits humains ont dénoncé une violence d’État ciblant les populations pauvres et noires. “Beaucoup d’entre eux ont été tués d’une balle dans la nuque, un tir dans le dos”, accuse l’activiste Raull Santiago, résident du Complexo da Penha.
Le président Lula da Silva, qui a assuré ne pas avoir été informé à l’avance de l’opération, a réagi sur le réseau X :
“Le Brésil ne peut pas accepter le crime organisé, mais nous devons agir avec coordination et intelligence. Il faut frapper au cœur du trafic sans mettre en danger les policiers, les enfants et les familles innocentes.”
Le juge Alexandre de Moraes, de la Cour suprême, a convoqué le gouverneur de l’État de Rio, Claudio Castro, pour une audience la semaine prochaine. Ce dernier, membre de la droite, a défendu la “manière forte” employée, parlant d’une victoire contre le “narcoterrorisme”. “Les seules victimes ont été les policiers tués”, a-t-il déclaré, provoquant un tollé.
De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit “très inquiet” du bilan et a exhorté les autorités brésiliennes à ouvrir une enquête rapide et transparente.
Lula face à un dilemme politique majeur
Cette tragédie survient à un moment délicat pour le Brésil, à quelques mois de la COP30, que le pays accueillera à Belém, en Amazonie. Le gouvernement Lula espérait y présenter une image d’un Brésil pacifié et engagé pour la justice sociale.
Mais cette opération meurtrière met en lumière la puissance persistante du crime organisé et les méthodes controversées des forces de l’ordre dans les favelas. Selon la sociologue Carolina Grillo, spécialiste du crime organisé, “parler de ‘narcoterrorisme’ ne reflète pas la réalité. Ces groupes armés ne cherchent pas à semer la terreur, mais à contrôler des marchés illégaux pour le profit.”
À l’approche de la présidentielle de 2026, la sécurité s’impose déjà comme un thème central du débat. Lula, candidat à un quatrième mandat, devra composer entre la pression de l’opinion publique, soucieuse de sécurité, et les critiques d’une partie de la gauche dénonçant la militarisation des favelas.
Un tournant dans la politique sécuritaire brésilienne
Avec plus de 100 morts en une seule journée, cette opération marque un tournant dans l’histoire sécuritaire du Brésil. Jamais depuis la répression de Carandiru en 1992, qui avait fait 111 morts dans une prison près de São Paulo, le pays n’avait connu un tel bain de sang.
Pour beaucoup, cette tragédie révèle l’échec d’une politique répressive qui privilégie la force au dialogue. “Le Brésil doit choisir : continuer la guerre contre les pauvres ou construire une sécurité citoyenne”, résume un éditorial du journal Folha de São Paulo.
Alors que les corps s’accumulent dans les morgues de Rio, une certitude s’impose : cette opération laissera une trace durable dans la mémoire collective du pays et pourrait redéfinir, pour des années, le rapport entre État, police et citoyens dans les favelas brésiliennes.



