Au lendemain des élections présidentielles et législatives du 29 octobre, la Tanzanie traverse une période de fortes tensions. Des manifestations anti-pouvoir ont éclaté dans plusieurs villes, malgré le couvre-feu décrété dans la soirée. Des morts seraient à déplorer, selon des sources locales, alors que le gouvernement reste silencieux.
L’accès à Internet demeure coupé, empêchant la libre circulation de l’information. Les médias locaux, fortement contrôlés par les autorités, n’ont publié aucune mise à jour sur le déroulement du scrutin ni sur les troubles qui secouent le pays. Les médias étrangers, quant à eux, ont été empêchés d’obtenir des accréditations pour couvrir les élections sur le continent tanzanien, bien que leurs équipes puissent travailler à Zanzibar, où la situation reste relativement calme.
Une part importante de la colère populaire vise Abdul Hassan, le fils de la présidente Samia Suluhu Hassan. D’après Africa Intelligence, il dirigerait une force d’intervention informelle composée de membres de la police et des services de renseignement, chargée d’assurer la sécurité électorale. Cette structure parallèle est accusée d’avoir multiplié les enlèvements et arrestations arbitraires avant le scrutin, notamment celui de l’influenceuse Niffer, soupçonnée d’avoir encouragé les appels à manifester.
La présidente Hassan, arrivée au pouvoir en 2021, doit également composer avec une opposition interne au sein de l’armée et de son propre parti, héritée de son prédécesseur. Selon Amnesty International, la période pré-électorale a été marquée par une “vague de terreur”, caractérisée par des disparitions forcées, actes de torture et exécutions extrajudiciaires.
Le principal parti d’opposition, Chadema, a été disqualifié pour avoir refusé de signer un code électoral jugé inéquitable. Son leader, Tundu Lissu, arrêté en avril, est poursuivi pour trahison, un crime passible de la peine de mort. L’autre figure d’opposition notable, Luhaga Mpina du parti ACT-Wazalendo, a également été écartée pour des raisons de procédure.
Cette exclusion quasi totale de l’opposition jette une ombre lourde sur la légitimité du scrutin et renforce les accusations d’autoritarisme croissant contre le régime Hassan.

