Une élection sous haute tension
Trois ans après la disparition soudaine de John Magufuli, Samia Suluhu Hassan affronte son premier test électoral majeur. Première femme à diriger la Tanzanie, elle s’était présentée en 2021 comme une figure d’apaisement, prônant l’ouverture et la réconciliation nationale après le règne autoritaire de son prédécesseur.
Mais à l’approche de ce scrutin du 29 octobre 2025, l’ambiance s’est considérablement durcie. Plusieurs candidats de l’opposition ont été arrêtés, empêchés de se présenter ou contraints à l’exil, notamment des membres du parti Chadema.
Les autorités justifient ces exclusions par des « irrégularités administratives », tandis que les ONG de défense des droits humains dénoncent une stratégie d’élimination politique systématique.
Entre stabilité et autoritarisme
Sous le slogan de la « continuité et du développement », la présidente sortante mise sur la stabilité économique et les réalisations infrastructurelles de son mandat.
La croissance du PIB, autour de 5,2 % en 2024, et la maîtrise de l’inflation jouent en sa faveur.
Cependant, cette réussite économique s’accompagne d’un resserrement des libertés publiques : arrestations d’opposants, suspension de médias critiques, surveillance renforcée des réseaux sociaux.
Selon Human Rights Watch, « le gouvernement de Samia Suluhu Hassan s’éloigne de plus en plus des promesses d’ouverture démocratique formulées à son arrivée au pouvoir ».
Une image contrastée
Discrète, pieuse et réputée consensuelle, Samia Suluhu Hassan conserve une popularité notable dans les zones rurales et auprès des femmes, séduites par son profil de dirigeante calme et pragmatique.
Mais dans les grandes villes, une partie de la jeunesse exprime sa frustration face au manque d’alternance politique et au sentiment d’étouffement démocratique.
« Nous votons, mais tout semble déjà décidé », confie un étudiant de Dar es Salaam à l’AFP.
Une présidente courtisée à l’international
Sur la scène diplomatique, Samia Suluhu Hassan bénéficie encore d’un capital de confiance auprès des partenaires étrangers, notamment dans la gestion économique et régionale.
La Tanzanie, acteur clé en Afrique de l’Est, joue un rôle stratégique dans la sécurité maritime de l’océan Indien et la coopération régionale contre le terrorisme.
Mais les observateurs étrangers suivent avec prudence cette élection, conscients qu’une réélection sans véritable concurrence pourrait fragiliser la légitimité du régime à long terme.

