Commençons avec cette question qui revient souvent dans les causeries et dans un style propre aux Ivoiriens : qu’est-ce qu’un gars de l’Ouest comme vous ‘’fout’’ au RHDP alors que son « frère » Gbagbo est là ?
ND : Ceux qui réagissent ainsi doivent comprendre deux choses : la première, c’est la liberté. La liberté de chacun à réfléchir par lui-même et à prendre des décisions. La seconde, il faut voir la politique comme un engagement à porter au plan national. Celui dont vous parlez ne veut pas être chef de village dans un campement ou une région bété. Il veut être Président de la République. En tant qu’artiste, moi je porte un regard sur la société en général, sur le vécu que je partage avec les autres. Donc, je ne suis pas dans une vision sectaire, tribale, une vision qui se limitera à un individu, fusse-t-il de la même région que moi.
Vous doutiez-vous quand même qu’il y aurait un prix à payer avec le risque d’être rejeté par vos parents de l’Ouest ?
Non, il ne faut pas faire de procès. Il ne faut pas voir les choses ainsi. Pour que j’aie un prix à payer, il faut que je sois redevable à celui dont vous parlez. Sinon, en quoi aurais-je un prix à payer du moment que je ne lui dois rien ? J’avais un choix à faire, je l’ai fait. J’ai la liberté de choisir, d’habiter où je veux, de suivre qui je veux. Pourquoi aurais-je un prix à payer pour avoir fait un choix selon ma vision ? Moi, la liberté que j’ai est une liberté totale sur mon engagement, sur ma vision, et surtout sur les hommes que je peux accompagner dans ma quête de liberté. Je n’ai pas à me préoccuper d’un prix à payer parce que je ne dois rien à personne, surtout pas à celui dont vous parlez.
Faut-il en déduire qu’aujourd’hui, votre quête de liberté est satisfaite avec le RHDP ?
Déjà, il faut souligner que la liberté est une quête permanente, elle n’est pas figée. Il ne faut pas la voir comme un but fixe à partir d’un point A pour atteindre un point B. Et dans cette quête, aujourd’hui, la question est plutôt : est-ce que la liberté que j’ai me met à l’abri du besoin ? Est-ce que cette liberté m’ouvre les portes ? Est-ce qu’elle me permet d’exercer mon métier ? Oui. Mais ce n’est pas cette liberté-là que je recherche.
De quelle liberté parlez-vous alors ?
La liberté dont je parle, c’est la liberté d’être utile à une communauté. La liberté de pouvoir, par ce que je pense, par ce que je dis, faire en sorte que les autres se retrouvent. Ce n’est pas une liberté égoïste, égocentrique. Non. C’est cette faculté que j’ai, qui me procure la satisfaction de dire : « On est dans un moment de convivialité, un moment de paix, on est dans le vivre ensemble, etc. » C’est cela la vision que je porte. Donc pour moi, c’est cette liberté qu’on est toujours en train de chercher. Et c’est Dieu seul qui donne la liberté totale.
« Des travailleurs payés par l’Etat fermaient leurs bureaux pour aller écouter ces menteurs »
Après 15 ans de gouvernance RHDP, où en êtes-vous réellement dans la quête de cette liberté dont vous parlez ?
D’entrée, je note surtout avec satisfaction que 15 ans après, aujourd’hui, l’école se porte bien, elle n’est plus perturbée. Aujourd’hui, je peux aller à Gagnoa sans affronter des kilomètres de nids de poules. Aujourd’hui, quand je vais à l’hôpital, j’ai l’assurance que je peux me soigner à moindre coût là où, autrefois, il fallait bourse délier et pas à la portée de tous. Parce qu’aujourd’hui, on peut être pauvre et bénéficier de la santé, notamment à partir de la carte CMU. Aujourd’hui, nous avons 9 universités. Aujourd’hui, les jeunes qui représentent 70% de la population s’auto-challengent dans des secteurs d’activités diverses. Cela veut dire qu’on leur donne la possibilité de créer des familles.
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15 ans après, aujourd’hui, les jeunes ne vont plus s’asseoir dans des espaces où ils passent leur temps à se mentir. En revanche, on leur donne la capacité d’être des citoyens. D’avoir femme et enfant, de pouvoir payer leurs impôts, d’être des entrepreneurs. Rappelez-vous, dans un passé encore récent, certains leaders disaient qu’ils allaient rencontrer les jeunes dans les bars, dans les maquis à Yopougon. C’était leurs lieux de rencontre. Aujourd’hui, nous voyons tous que ce ne sont pas des endroits qui puissent mettre des jeunes à l’école, qui puissent les mettre au travail. Tout cela, pour moi, participe de la liberté de mettre des mots sur les maux de la société et de pouvoir y apporter des solutions concrètes. Surtout au niveau de l’Education.
Pourquoi cette insistance sur l’école ?
Albert Tévoédjrè qui a été l’un des facilitateurs de la crise ivoirienne en 2010 a dit un jour : « Un peuple non formé est un peuple de sujets, un peuple formé est un peuple de citoyens ». Cela veut dire que nous n’avons pas le droit de faire en sorte que nos enfants soient des sujets. Pour ce faire, il n’y a pas meilleure solution que l’école. On a vu comment Dion Robert, le cher ami du Président Félix Houphouët-Boigny a sélectionné les meilleurs boursiers ivoiriens pour ‘’L’aventure 46’’ en France afin de donner à la Cote d’Ivoire des cadres, des gens susceptibles de transformer ce pays. Mais dans un passé récent, nous l’avons tous vu, l’école était à la dérive, avec la prolifération des espaces qu’on appelle ‘’Agora’’, ‘’Sorbonne’’, etc. Et le comble, des travailleurs payés par l’Etat, fermaient leurs bureaux pour aller écouter ces menteurs, ces faux types à la solde du pouvoir d’alors ! Mais cela a été possible parce que l’école n’avait pas pleinement sa place et n’avait donc pas joué son rôle. C’est pour cela que j’insiste sur l’école. Vous êtes arrivés chez moi, avez-vous avez trouvé des enfants ?
Non…
Les enfants sont allés à l’école, ils ont fini et je leur dis de chercher du travail. Parce que moi, je suis de passage, j’ai fait mon temps. Mais eux, ils assureront la relève. Donc c’est fondamental. Vous ne pouvez pas imaginer combien j’aide les jeunes qui vont à l’école. C’est important d’aller à l’école. Tout le monde ne peut pas être loubard. L’école ouvre des perspectives, des chemins. J’insiste sur l’importance de l’école parce que je suis un père de famille et l’école est un centre de formation. Même avec des diplômes, tu peux ne pas avoir du travail c’est probable. Cependant, avec ton bagage intellectuel, tu peux entreprendre quelque chose, créer une source de revenus aussi minime soit-elle, mais au moins tu ne seras pas oisif. Donc l’école ouvre des perspectives.
« Ce qu’ils ont en commun…. Ce ne sont pas des jouisseurs »
15 ans après, on note également que l’engagement politique a pris le pas sur votre carrière artistique. L’on vous entend plus dans l’arène politique que sur la scène musicale…
C’est un choix. Un choix que j’assume. Sinon, là, j’ai sorti un EP que je veux compléter pour en faire un album. Mais ce sera après les élections, parce que je ne veux pas d’amalgame dans ma vie. Sinon, depuis feu Houphouët-Boigny, j’ai toujours été dans l’engagement politique. Je militais au PDCI-RDA. C’est un parti de ma famille, qui m’a permis de bénéficier de bourses et de partir en Europe. C’est pourquoi en 1990, malgré la réouverture du pays au multipartisme, je n’ai pas lâché Houphouët-Boigny. J’ai dit : « Ce n’est pas possible, il ne m’a rien fait de mal, au contraire. Il m’a beaucoup apporté. Donc, je ne peux pas partir ». C’est ainsi qu’après son décès, j’ai suivi Bédié qui était mon père. Et aujourd’hui, je suis avec Alassane Ouattara, parce qu’en réalité, ces trois personnalités se rejoignent en un point.
Et quel est, selon vous, ce point commun aux trois personnalités ?
Ce qu’ils ont en commun, c’est l’idéal de développement. Et surtout, ce ne sont pas des jouisseurs, mais des développeurs. Des gens qui se disent : « On veut présider aux destinées d’un pays, il faut qu’on sollicite les suffrages. Mais il faut qu’on aille au-delà du suffrage pour exprimer notre vision, la mettre en œuvre et faire de ce pays quelque chose de fabuleux ». Pour la petite histoire, c’est Bédié qui m’a dit : « Ecoute, moi je ne vais pas au second tour, il faut suivre Alassane Ouattara ». C’est ainsi que nous avons fini par nous retrouver reclus au Golf avec tout ce que vous savez après le second tour de 2010.
Sauf qu’entre temps, il y a eu la rupture après. La logique aurait voulu que vous suiviez votre ‘’père’’ Bédié, non ?
Oui, mais ce qu’il faut souligner ici, c’est que ce n’était pas une rupture de fait. Parce que lui, il faisait de la politique. Et c’est lui qui me l’a appris. Lorsqu’il a demandé au parti [PDCI-RDA, Ndlr] de quitter le rassemblement parce qu’il est fâché, beaucoup de cadres sont partis effectivement. Mais en même temps, ils perdaient leur emploi et Bédié n’avait pas le pouvoir de compensation. Pendant ce temps, ses enfants Patrick, Jean-Louis et Lucette travaillent toujours avec Alassane Ouattara son adversaire. Donc, lorsqu’on me dit j’aurais dû rompre aussi, je ne sais même pas de quoi on parle. Moi, je viens de Guibéroua. Et comme on le dit trivialement au quartier, « mon devant et mon derrière sont grillés comme ‘’gnonmi’’ ». Donc je lui ai posé une question : « Mais papa, ce 2è mandat pour lequel on a dansé à Daoukro finit logiquement en 2020. Et là, en plein milieu de mandat en 2016, 2017, tu demandes qu’on parte ? »
Et alors ?
C’est une question de logique et de lucidité. Et je n’ai pas eu tort. Puisque malgré cet épisode de rupture politique, les liens fraternels entre les deux hommes sont restés. Ils ont même accueilli ensemble Gbagbo revenu de la CPI au Palais présidentiel. Donc en politique, il y a des lectures à faire. Et Dieu me donne toujours la bonne compréhension. Et dans mon cœur, c’est ce qui s’est passé. J’ai eu la bonne lecture et j’ai décidé de suivre mon cœur. Pour terminer sur votre question, mon engagement politique ne date pas de ces 15 dernières années, mais de bien plus longtemps, depuis le temps d’Houphouët-Boigny. Et je suis un homme de droite. Je suis engagé dans la droite. Et je ne m’en porte pas mal.
« Guibéroua est sous-préfecture depuis 1961. C’est avec Ouattara que nous avons eu une ministre »

Actualité oblige, question de logique et de lucidité, quels sont vos sentiments quant à la candidature du président Alassane Ouattara ?
C’est une satisfaction qu’il ait accepté de briguer un autre mandat. Ce n’était pas évident. Donc c’est une joie immense que j’éprouve, pace qu’il n’a pas fini de servir la cause commune. Il faut qu’il aille plus loin. L’offre politique qu’il nous a fait en 2010 a des déclinaisons qu’il n’a pas encore fini de mettre en œuvre. Pour moi, c’est un bonheur, c’est une joie. Et c’est avec empressement que je veux que les élections finissent pour qu’il remette le pays au travail pour les 5 prochaines années.
Vous parlez comme s’il était déjà élu. Les autres candidats seraient-ils des faire-valoir pour vous ?
Moi, je ne suis prétentieux. Dans la Bible, il y a l’histoire d’un paysan qui avait décidé de travailler dur et remplir son grenier de provisions. Après cela, il a décidé de ne plus jamais travailler, de consacrer le restant de sa vie au repos et profiter de sa provision tranquillement. Dieu lui a dit : « Insensé » et l’a aussitôt rappelé. En tant qu’être humain et citoyen ivoirien venant de Guibéroua, étant fier de ce que le président Alassane a fait et a accepté de faire encore au lieu de se reposer, je ne peux que dire ce que je dis. C’est-à-dire la joie profonde qui m’anime. Parce qu’il n’a pas terminé ce qu’il devait faire. Figurez-vous que Guibéroua existe et est sous-préfecture depuis 1961. C’est avec Ouattara que nous avons eu une ministre, Madame Myss Belmonde Dogo. Ce qui était encore impensable avant. Et jusqu’à présent, plus de 60 ans après, nous sommes toujours sous-préfecture. Notre souhait, est qu’il fasse de nous une préfecture, un département. Il faut qu’il continue, qu’il nous donne d’autres ministres, députés, sénateurs et bien plus, pourquoi pas ?
« Ceux qui se plaignent aujourd’hui… C’est de la sorcellerie ».
Votre logique n’est-elle pas en déphasage avec la loi du jeu démocratique porté par une limitation des mandats ?
Vous savez, la démocratie n’est par parcellaire. C’est le respect des lois, des institutions, c’est vrai. Mas en même temps, c’est aussi le vivre ensemble, la liberté, l’éducation, les droits de l’homme, l’économie. Alors, quand on a fait une Constitution avec Soro Guillaume, Henri Konan Bédié, etc. Quand ces deux personnalités ont battu campagne pour que la Constitution soit votée, avec des arrangements. Quand on ramène le plancher pour être candidat à 35 ans et le plafond de la limite d’âge saute. Quand on instaure le Sénat, le Conseil économique et social qui devient environnemental et culturel. Quand on crée la chambre des chefs traditionnels et des rois… Jusque-là, il n’y a pas de problème. Les gens candidatent pour être Sénateur, Député, etc. Le PDCI a candidaté pour avoir des sénateurs. Ils ont proposé des gens au Conseil économique et social. La vice-présidence a été créé et les cadre du PDCI y ont travaillé avec Duncan à l’époque. Mais pourquoi pour l’élection présidentielle qui est inscrite dans la même Constitution, on dit non ? C’est la sorcellerie ! Le débat autour de la candidature d’Alassane Ouattara est un débat de malhonnête.
Du coup, vous êtes dans la logique du deuxième mandat, c’est cela ?
Oui, nous y allons pour le deuxième mandat de la 3è République. Si après, on estime qu’il faut changer la Constitution pour deux autres mandats et vous votez, on le fera. Parce qu’en vérité, ceux qui se plaignent aujourd’hui ont eu l’occasion et la possibilité de dire « non », mais ils y sont allés, ils ont voté « oui ».
Avec 5 candidats sur la soixantaine, l’on parle aussi de verrouillage du jeu démocratique par le Conseil constitutionnel…
Moi, je sais qu’il ne faut pas commenter les décisions du Conseil constitutionnel. Elles sont irrévocables. C’est aussi cela le jeu démocratique. La loi est dure, mais c’est la loi. Mais ce que j’ai pu retenir est que le Conseil constitutionnel nous a démontré le poids réel de chaque candidat sur le terrain. Et cela nous a ramené à la réalité. Nous ne sommes plus dans le rêve. C’est cela que le Conseil constitutionnel a démontré. Et cela leur fait mal, parce qu’ils étaient prêts à mentir à leurs militants qu’ils sont populaires. A travers les parrainages, on a vu que Simone Ehivet est plus populaire aujourd’hui que Laurent Gbagbo. Juste pour rire, on peut dire que même Ahoua Don Mello est le patron de Gbagbo quand on parle de parrainage.
Avec votre double casquette d’artiste et de militant engagé, quel est votre rôle dans la machine de campagne du candidat du RHDP ?
Je suis Directeur de campagne chargée du monde artistique et culturel. Et nous sommes déjà au travail. Comme nous l’avons fait en 2015, nous sommes de nouveau sur le terrain pour apporter la gaité, la joie, le bonheur à la population. Nous allons les mettre à l’aise pour écouter le discours du président et comprendre son nouveau programme de société pour une grande Côte d’Ivoire.
Connaissant la diversité du monde artistique et culturel ivoirien, sur quels critères avez-vous monté votre comité pour le candidat du RHDP ?
Il faut savoir que je suis dans un parti politique. Et c’est Madame la ministre de la culture Françoise Remarck qui le pilote avec M. Siandou Fofana, Yves Zogbo Junior et moi-même. Nous faisons de la politique. Nous ne sommes par une association des restos du cœur ou des ‘’sorbonnards’’. C’est un parti politique sérieux et organisé qui met en place ses structures pour la campagne.
Au soir du 25 Octobre 2025, quels sont vos espoirs aux sorties de cette élection ?
C’est d’abord de retrouver nos électeurs ainsi que les Ivoiriens dans un climat apaisé, parce que tous ne sont pas RHDP, mais il y en a beaucoup pour qui Ouattara est l’homme providentiel. Je rencontre beaucoup de personnes qui me disent « vraiment, faites bien affaire d’élection-là, nous on cherche notre argent, nous sommes de PME, des commerçants et nous sommes à l’aise. Nous n’avons pas besoin de crise ». Au soir du 25 octobre, l’espoir, c’est de réconcilier les Ivoiriens, la Côte d’Ivoire avec ses fondamentaux, c’est-à-dire : l’hospitalité, la paix, l’amour, l’harmonie, le travail. Je lance un appel à la mobilisation de tous les cadres et militants du RHDP. Notre souci aujourd’hui, ce n’est pas qui va gagner les élections, nous le savons déjà. C’est le score notre véritable enjeux.
Réalisée par Ameday KWACEE


