J’ai grandi dans une famille modeste, mais très unie. Très tôt, ma beauté m’a placée au centre de toutes les attentions. Je le savais, et j’en profitais. Grâce à mes relations, j’aidais mes frères à aller à l’école, j’offrais du travail à d’autres. J’étais indispensable. On me disait : « Tu es notre chance, notre lumière ».
Puis un jour, je l’ai rencontré. Aymard. Bel homme, élégant, puissant, toujours entouré de mystère. Il me couvrait de cadeaux, d’argent, de tendresse. Il aidait ma famille comme si elle était la sienne. Avec lui, chaque rencontre me rapportait plus que certains n’avaient jamais touché en un mois.
Mais contrairement aux autres hommes, il ne me demandait jamais l’amour charnel. Il me disait : « Toi, tu es différente. Le jour où nous serons unis dans l’intimité, ce sera magique. Mais avant, je veux que tu m’appartiennes d’une autre façon. »
Pendant huit mois, il n’a jamais dépassé des baisers et des caresses. Cela me surprenait, mais me rassurait aussi. Je croyais avoir trouvé l’homme véritable, celui qui attend le mariage avant de consommer. Un vendredi soir, Aymard m’a dit qu’on irait à Bouaké le week-end, et que, là-bas, on allait enfin faire l’amour.
Samedi, tôt le matin, nous avons pris la route pour Bouaké. C’était comme une lune de miel pour moi. Surtout que depuis que nous sommes ensemble, je n’avais plus eu de rapports sexuels avec quelqu’un d’autre.
Nous sommes arrivés assez tôt. A midi, nous avons pris le déjeuner à l’hôtel où nous étions d’ailleurs logés. J’étais très heureuse. Aymard était très attentionné pendant la sieste. Je voulais qu’il me fasse l’amour tout de suite, mais il m’a dit qu’il me réservait une surprise pour le soir.
Le soir, nous avons mangé des frites, de l’alloco, de la viande et du poulet braisé. J’avais tellement mangé assez que j’étais super rassasié et même pour me lever était un problème. Après, nous sommes allés en boîte de nuit. Une fois en chambre, j’ai voulu faire l’amour, mais il m’a demandé d’attendre. Avec la fatigue du voyage, je me suis endormie. Vers 3 heures du matin, un mal de ventre terrible m’a réveillée. J’avais tellement mal que je pleurais.
Aymard me consolait tant bien que mal. A un moment donné, j’avais envie de me soulager. Je me suis levée précipitamment du lit pour aller vers les toilettes, quand il m’a retenue. Il s’est couché à même le sol et m’a demandé de déféquer sur son visage. Je ne voulais pas, mais mon ventre me faisait tellement mal que je n’avais pas le choix. J’ai déféqué sur son visage et visiblement, il en était heureux. Je l’ai même vu jouir à ce moment-là. J’avais honte de moi, mais Aymard était très content. Il a demandé à quelqu’un de l’hôtel de venir. A mon grand étonnement, l’homme de nettoyage n’a manifesté aucune surprise. Il a nettoyé mes selles sans faire de commentaires. J’ai été tellement secouée que cela a annulé toute envie en moi.
Nous sommes retournés à Abidjan sans avoir fait l’amour, mais j’avais une enveloppe d’un million de francs. J’étais un peu déçue de cette relation, mais que n’aurait-on pas fait pour tant d’argent ! Nous ne faisions jamais l’amour. Ce fut le début du commencement. Toutes les fois que nous devions nous voir, je devrais prendre des médicaments pour provoquer la diarrhée. A ce petit jeu j’avais fini par m’habituer.
Lorsque je lui posais des questions, il me disait que je devais me contenter de l’argent que je gagnais. Il m’a même donné la liberté d’avoir d’autres homme dans ma vie. La seule chose qu’il voulait de moi, c’était que je lui fasse les selles sur le visage et rien d’autre. Malheureusement, pendant toute cette période, personne ne me draguait. Malgré mes nombreux efforts, même mes anciens compagnons ne voulaient plus me faire l’amour. Connaissaient ils les pratiques d’Aymard?
Nous étions réguliers à Bouaké, c’était toujours le même scénario. Et c’est le même jeune homme de ménage de l’hôtel qui nettoyait les selles. Et il avait toujours son enveloppe de la part de mon soit disant chéri. Il avait l’air très discret.
Une fois, en l’absence de Aymard, il m’a raconté qu’il ne voulait plus continuer tout ça , car à l’église, le prête l’avait démasqué et lui avait demandé d’arrêter ces pratiques. Je lui ai demandé s’il percevait suffisamment d’argent pour ça. Et il m’a répondu que l’argent ne lui servait à rien, car tout ce qu’il entreprenait avec était voué à l’échec.
Lorsque j’ai fait le compte rendu à Aymard, il en a été furieux. Il a menacé le jeune homme de mort au cas où il lui tournerait le dos. C’est à partir de ce moment que j’ai réalisé que ce dans quoi j’étais était très dangereux.
Le week-end qui a suivi, lorsque nous sommes retournés à Bouaké le jeune avait quitté l’hôtel. Il s’était réfugié à l’église. Aymard était devenu tout à coup violent. J’ai commencé à réaliser qu’il ne s’agissait pas seulement d’un vice, mais d’un rituel.
Puisque le jeune homme n’était plus là, à chaque fois que je faisais les selles, il m’obligeait à les nettoyer car lui-même ne devait pas les toucher. Au bout de deux ans, j’avais commencé à avoir beaucoup de remords. Je ne voulais plus continuer cette vie. J’avais marre de ne pas être aimée par quelqu’un d’autre que lui. Tout l’argent que je gagnais, je l’utilisais pour des futilités. Je n’arrivais ni à économiser, ni à réaliser quelque chose de consistant. Au bout du compte, je suis tombée très malade. Aymard en a profité pour m’abandonner. Tous mes anciens prétendants ne me fréquentaient plus. Personne ne voulait prendre mes soins en charge sous prétexte que mon argent, je le dilapidais. J’ai souffert pendant 1 ans avant de comprendre que mon mal était mystique.
Et c’est seulement dans l’église, là où mes parents m’ont conduite de force, que la vérité a éclaté. Le pasteur m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit : ‘Tu as été piégée. Ce que tu faisais avec cet homme, c’était un pacte mystique. À chaque fois, il prenait ta gloire, ta chance, ta jeunesse, pour nourrir une confrérie. Tu as payé très cher ton illusion de beauté et de richesse. Mais Dieu veut encore te sauver. »
Les prières ont duré des mois. Lentement, ma santé est revenue. Lentement, j’ai retrouvé ma dignité. Lentement, j’ai compris que le seul vrai chemin est celui du travail, de l’effort, et de la foi.
Aujourd’hui, je n’ai plus honte de raconter. Parce que mon témoignage peut sauver une autre fille. Quant à Aymard j’ai appris qu’il est mort, dans des conditions mystérieuses et terribles. Je lui ai pardonné. Car celui qui garde rancune garde aussi ses chaînes.
Je partage mon histoire pour dire à toutes les jeunes filles : Ne laissez pas vos rêves et votre beauté vous piéger.
L’argent facile a toujours un prix caché. Derrière certains cadeaux, se cache parfois un pacte avec les ténèbres.
Parents, surveillez vos filles. Amis, ouvrez les yeux. Et toi, jeune fille qui lis ce texte, souviens-toi : ta vie vaut plus qu’une voiture, plus qu’une enveloppe, plus qu’une illusion de gloire. Dieu m’a sauvée. Mais toutes n’ont pas ma chance.
Par Ange Klahou
NB: Les titres et chapô sont de la rédaction



